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Photo de Ann Macintosh Netpolitique a interrogé

Ann MacIntosh, Professeur au Centre de Recherche de l’Université de Napier en Ecosse à propos de l'e-pétition parlementaire

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Les députés français et Internet :
Etat des lieux et perspectives.

Analyse des résultats

I / Internet, désormais intégré dans l'univers de travail des députés

II / Pour les députés, Internet n’est pas encore un outil de communication

III / Législatives de 2002 : horizon inconnu

II / Pour les députés, Internet n’est pas encore un outil de communication

Avec 15% des députés français disposant d'un site Internet, les députés restent peu présents sur le web. Même si ce chiffre de 85 sites recensés est somme toute très honorable eu égard au niveau de développement de la population internaute en France, on aurait pu croire que ce groupe d'individus, généralement prompts à communiquer et à organiser l'auto-promotion de leur travail parlementaire, se seraient saisis plus rapidement et en plus grand nombre de ce type d’outil.

Comment expliquer ce faible intérêt pour les usages communicationnels du web ?


Quatre séries de facteurs peuvent expliquer les raisons de ce faible intérêt pour le média :

a) La dimension financière

Si on laisse de côté les modes de conception "artisanale" (par un proche ou par un des collaborateurs), réaliser un site web digne de ce nom peut coûter plusieurs dizaines de milliers de francs. Les résultats de l'enquête indiquent ainsi que 40% des sites existants ont été conçus par des agences spécialisées. La dimension financière ne peut être sous-estimée dans le processus de décision d'acquisition d'un site web.

Si l'on estime dans une fourchette de 20 à 40 000frs le coût d'un site de député, on comprend qu'il s'agit là d'un véritable investissement. Les frais de mandat dont disposent les députés leur permettent d'envisager une telle dépense. Encore faut-il que ces sommes ne soient pas déjà affectées à d'autres dépenses. Or en matière de communication locale, nombre de députés sont d'ores et déjà dotés d'une lettre du député, sorte de journal de circonscription dont la publication trimestrielle ou semestrielle coûte déjà près de 50.000frs par numéro[1].

Si le coût d'acquisition d'un site n'est pas en soit inenvisageable (rapporté à leur budget), la décision ne pourra se faire sans réorganiser, même provisoirement, les affectations de dépenses du budget de frais de mandat.

b) La dimension technique, logistique et éditoriale

On pourrait résumer ces éléments sous un terme générique : le facteur humain. Au delà de l'aspect financier, concevoir un site exige que l'un d'entre les membres du cabinet parlementaire se saisisse du projet. Les statistiques montrent que le mode de réalisation reste encore majoritairement artisanal. (60% des sites ont été conçus par un proche ou l'un des collaborateurs du député).

Dans ce type de micro-entreprise qu'est un cabinet parlementaire (au maximum 5 personnes avec le député), monter un site Internet suppose que l'un des collaborateurs ait une certaine pratique de l'outil et une certaine idée des enjeux de communication. Bref, qu'il existe au sein de l'équipe une certaine culture Internet.

Si le profil des assistants parlementaires place leur moyenne d'âge dans une tranche générationnelle privilégiée du point de vue de la familiarité avec la pratique du Net, cela ne garantit en rien leur capacité à assumer les fonctions de webmestre. En effet, créer un site sans passer par une agence exige un minimum de compétences en programmation HTML.

Une fois le site conçu par une agence ou un tiers, il faut encore des compétences techniques pour l'intégration de nouveaux éléments sur le site. L’enquête révèle que cette tâche incombe dans 86% des cas aux assistants parlementaires. Or, l'animation éditoriale d’un site peut se révéler une charge de travail assez significative. Cette prise en charge peut rapidement poser problème dans le travail des assistants. Le risque est donc de mettre en ligne un site qui, parce qu’il n’est pas régulièrement mis à jour, devient rapidement obsolète. Il semble que ce soit ainsi le cas de la majorité des sites recensés: selon les résultats de l’enquête, 53% des sites ne sont mis à jour que de façon mensuelle, voire plus rarement encore.

c) La dimension "culturelle"

Si l'existence d'un site de député n'exige pas de celui-ci une pratique personnelle du web, la création d'un site dépend néanmoins de l'intérêt qu'il a décidé d'y consacrer.

L'intérêt pour ce nouveau média dépend de la représentation qu'ils s'en font. Or en la matière, à l'instar de leur concitoyens, les députés sont susceptibles de nourrir des représentations très diverses du net : de l'enthousiasme face aux promesses de cet nouvel eldorado de la société de communication jusqu'à la méfiance face à un outil que l'on ne maîtrise pas nécessairement (le micro-ordinateur) et un média encore jeune, dont les codes de communication (chats, interactivité, communication horizontale) n’existaient pas quelques années auparavant.

d) Un calcul rationnel à l'égard du nombre d'internautes en France

Estimé entre 8 et 12 millions, le nombre d'internautes en France n'est pas encore significatif face à un collège électoral comptant près de 40 millions d'électeurs (a fortiori lorsqu’on sait que certains modes de comptage de la population internaute recensent les mineurs à partir de 11 ans).

Dans ces conditions, le rapport entre le nombre d'internautes et le nombre d'électeurs est encore trop faible pour juger l'investissement humain et financier "électoralement rentable". Pour les candidats, la présence en ligne n'est donc pas une nécessité électorale pour toucher les électeurs.

Bref, il n'y a pas encore assez d'internautes en France pour que les députés jugent leur présence en ligne indispensable. Si tant est que le net puisse, un jour, jouer un rôle décisif dans une élection, ce n'est sans doute pas en 2002 qu'un site web fera perdre ou gagner une élection.

La fracture numérique étant aussi une fracture territoriale, l'intérêt d'une communication en ligne doit aussi se juger à l'aune de la localisation géographique et de la concentration urbaine. Internet restant pour l'heure un phénomène essentiellement urbain, l'intérêt d'une présence en ligne dans la plupart des circonscriptions mixtes ou rurales, présentant une faible densité de population internaute, reste faible.

En conclusion

Les données de l'enquête semblent indiquer que dans une très large part, l'usage de l'outil Internet s'est jusqu'à présent cantonné à des tâches internes au travail du cabinet parlementaire (gestion du courrier électronique, recherches documentaires, consultation de sites institutionnels ou d'informations générales).

On pourra regretter de n'avoir pas élargis dans le questionnaire l'offre de réponses des usages possibles à la gestion de listes de diffusion ou d'une newsletter. Cependant, la conjugaison du faible volume de méls reçus et du nombre limité de sites existants atteste que les usages communicationnels du net sont encore largement sous-exploités.

Il ne s’agit pas ici de porter un jugement de valeur mais de constater que pour les députés Internet n’est pas encore envisagé comme un outil de communication tourné vers l’extérieur, vers les citoyens. Le scepticisme quant au rôle du net lors de la prochaine campagne des législatives de 2002 (cf. ci-après), laisse apparaître une prudence générale des députés à l'égard d'un média encore très nouveau pour eux. Si Internet est bel et bien devenu un outil de travail, il n'est donc pas encore devenu un outil de communication.



 Lire la 3ème partie


[1] Cf. "La lettre du député : vers une communication locale de la représentation nationale ?" Mémoire de recherche DESS, Hervé Pargue, Septembre 1999. Université Paris I.

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