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II / Pour les députés,
Internet nest pas encore un outil de communication
Avec 15% des députés français disposant
d'un site Internet, les députés restent
peu présents sur le web. Même si ce chiffre
de 85 sites recensés est somme toute très
honorable eu égard au niveau de développement
de la population internaute en France, on aurait pu
croire que ce groupe d'individus, généralement
prompts à communiquer et à organiser l'auto-promotion
de leur travail parlementaire, se seraient saisis plus
rapidement et en plus grand nombre de ce type doutil.
Comment expliquer ce faible intérêt pour
les usages communicationnels du web ?
Quatre séries de facteurs peuvent expliquer les
raisons de ce faible intérêt pour le média
:
a) La dimension financière
Si on laisse de côté les modes de conception
"artisanale" (par un proche ou par un des
collaborateurs), réaliser un site web digne de
ce nom peut coûter plusieurs dizaines de milliers
de francs. Les résultats de l'enquête indiquent
ainsi que 40% des sites existants ont été
conçus par des agences spécialisées.
La dimension financière ne peut être sous-estimée
dans le processus de décision d'acquisition d'un
site web.
Si l'on estime dans une fourchette de 20 à 40
000frs le coût d'un site de député,
on comprend qu'il s'agit là d'un véritable
investissement. Les frais de mandat dont disposent les
députés leur permettent d'envisager une
telle dépense. Encore faut-il que ces sommes
ne soient pas déjà affectées à
d'autres dépenses. Or en matière de communication
locale, nombre de députés sont d'ores
et déjà dotés d'une lettre du député,
sorte de journal de circonscription dont la publication
trimestrielle ou semestrielle coûte déjà
près de 50.000frs par numéro[1].
Si le coût d'acquisition d'un site n'est pas en
soit inenvisageable (rapporté à leur budget),
la décision ne pourra se faire sans réorganiser,
même provisoirement, les affectations de dépenses
du budget de frais de mandat.
b) La dimension technique, logistique et éditoriale
On pourrait résumer ces éléments
sous un terme générique : le facteur humain.
Au delà de l'aspect financier, concevoir un site
exige que l'un d'entre les membres du cabinet parlementaire
se saisisse du projet. Les statistiques montrent que
le mode de réalisation reste encore majoritairement
artisanal. (60% des sites ont été conçus
par un proche ou l'un des collaborateurs du député).
Dans ce type de micro-entreprise qu'est un cabinet parlementaire
(au maximum 5 personnes avec le député),
monter un site Internet suppose que l'un des collaborateurs
ait une certaine pratique de l'outil et une certaine
idée des enjeux de communication. Bref, qu'il
existe au sein de l'équipe une certaine culture
Internet.
Si le profil des assistants parlementaires place leur
moyenne d'âge dans une tranche générationnelle
privilégiée du point de vue de la familiarité
avec la pratique du Net, cela ne garantit en rien leur
capacité à assumer les fonctions de webmestre.
En effet, créer un site sans passer par une agence
exige un minimum de compétences en programmation
HTML.
Une fois le site conçu par une agence ou un tiers,
il faut encore des compétences techniques pour
l'intégration de nouveaux éléments
sur le site. Lenquête révèle
que cette tâche incombe dans 86% des cas aux assistants
parlementaires. Or, l'animation éditoriale
dun site peut se révéler une charge
de travail assez significative. Cette prise en charge
peut rapidement poser problème dans le travail
des assistants. Le risque est donc de mettre en ligne
un site qui, parce quil nest pas régulièrement
mis à jour, devient rapidement obsolète.
Il semble que ce soit ainsi le cas de la majorité
des sites recensés: selon les résultats
de lenquête, 53% des sites ne sont mis à
jour que de façon mensuelle, voire plus rarement
encore.
c) La dimension "culturelle"
Si l'existence d'un site de député
n'exige pas de celui-ci une pratique personnelle du
web, la création d'un site dépend néanmoins
de l'intérêt qu'il a décidé
d'y consacrer.
L'intérêt pour ce nouveau média
dépend de la représentation qu'ils s'en
font. Or en la matière, à l'instar de
leur concitoyens, les députés sont susceptibles
de nourrir des représentations très diverses
du net : de l'enthousiasme face aux promesses de cet
nouvel eldorado de la société de communication
jusqu'à la méfiance face à un outil
que l'on ne maîtrise pas nécessairement
(le micro-ordinateur) et un média encore jeune,
dont les codes de communication (chats, interactivité,
communication horizontale) nexistaient pas quelques
années auparavant.
d) Un calcul rationnel à l'égard du
nombre d'internautes en France
Estimé entre 8 et 12 millions, le nombre d'internautes
en France n'est pas encore significatif face à
un collège électoral comptant près
de 40 millions d'électeurs (a fortiori lorsquon
sait que certains modes de comptage de la population
internaute recensent les mineurs à partir de
11 ans).
Dans ces conditions, le rapport entre le nombre d'internautes
et le nombre d'électeurs est encore trop faible
pour juger l'investissement humain et financier "électoralement
rentable". Pour les candidats, la présence
en ligne n'est donc pas une nécessité
électorale pour toucher les électeurs.
Bref, il n'y a pas encore assez d'internautes en France
pour que les députés jugent leur présence
en ligne indispensable. Si tant est que le net puisse,
un jour, jouer un rôle décisif dans une
élection, ce n'est sans doute pas en 2002 qu'un
site web fera perdre ou gagner une élection.
La fracture numérique étant aussi une
fracture territoriale, l'intérêt d'une
communication en ligne doit aussi se juger à
l'aune de la localisation géographique et de
la concentration urbaine. Internet restant pour l'heure
un phénomène essentiellement urbain, l'intérêt
d'une présence en ligne dans la plupart des circonscriptions
mixtes ou rurales, présentant une faible densité
de population internaute, reste faible.
En conclusion
Les données de l'enquête semblent indiquer
que dans une très large part, l'usage de l'outil
Internet s'est jusqu'à présent cantonné
à des tâches internes au travail du cabinet
parlementaire (gestion du courrier électronique,
recherches documentaires, consultation de sites institutionnels
ou d'informations générales).
On pourra regretter de n'avoir pas élargis dans
le questionnaire l'offre de réponses des usages
possibles à la gestion de listes de diffusion
ou d'une newsletter. Cependant, la conjugaison du faible
volume de méls reçus et du nombre limité
de sites existants atteste que les usages communicationnels
du net sont encore largement sous-exploités.
Il ne sagit pas ici de porter un jugement de valeur
mais de constater que pour les députés
Internet nest pas encore envisagé comme
un outil de communication tourné vers lextérieur,
vers les citoyens. Le scepticisme quant au rôle
du net lors de la prochaine campagne des législatives
de 2002 (cf. ci-après), laisse apparaître
une prudence générale des députés
à l'égard d'un média encore très
nouveau pour eux. Si Internet est bel et bien devenu
un outil de travail, il n'est donc pas encore devenu
un outil de communication.
Lire
la 3ème partie
[1] Cf. "La lettre du député : vers
une communication locale de la représentation
nationale ?" Mémoire de recherche DESS,
Hervé Pargue, Septembre 1999. Université
Paris I.
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