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Netpolitique : Vous décrivez dans votre
livre la mécanique de ce que vous appelez les
cyber-crises. Si une cyber-crise reste cantonnée
à Internet, pensez vous que les médias
traditionnels, les chefs dentreprise, ou les politiques
peuvent prendre au sérieux une « crise
virtuelle » qui pour faire simple- ne passe
pas au 20H ?
Didier Heiderich : Tout dépend de la nature
de la crise, de sa profondeur et de sa typologie. Une
cyber-crise peut être diversement appréciée
selon que lon soit un opérateur de communication,
un industriel de lagroalimentaire, ou un homme
politique. Le premier sera plus sensible et généralement
mieux préparé aux cyber-crises que les
deux autres. Le problème est quune cyber-crise
fondée sur des éléments sensibles
et de nature à jeter le trouble transpirera tôt
ou tard dans la sphère réelle. Il semble
donc important de se soucier des cyber-crises dont les
constituants trouvent des fondements, constituent une
proie journalistique et concernent un sujet dactualité.
Dans tous les cas, une cyber-crise peut brouiller les
cartes de la communication dun parti politique,
dune entreprise ou dune association : aujourdhui,
le net est une source primaire dinformation pour
les journalistes.
Netpolitique.net : Vous analysez dans votre livre
« Rumeur sur Internet » quelques exemples
d e-satire et de fausses rumeurs politiques mal
intentionnées, parfois reprises par des médias
nationaux. Faut-il craindre que le Net soit davantage
utilisé, en politique, pour les coups bas que
pour contribuer au débat politique ?
Didier Heiderich : Le propre dInternet
est de mixer les genres, de présenter un large
spectre. En raison de la liberté offerte par
le réseau, le corps social apparaît dans
le cyberespace dans toute sa complexité et ses
contradictions. Mais le champ politique est généralement
passionné ce qui laisse plus de place aux invectives,
fausses informations, coups bas et tentatives de manipulation
quà lanalyse. Cependant, il serait
mal venu de se limiter à cette vision négative
du net. Internet permet à des revues numériques
de qualité comme netpolitique dexister
et aux individus de sexprimer. Cette expression
nest rien dautre que le reflet, un peu brouillon,
de notre société dans le cyberespace.
Quels que soient les visages que peut prendre Internet,
il est plus nécessaire den comprendre la
nature que de lapostropher. Peut-être est-ce
un indicateur politique à prendre en considération
au-delà des réponses très segmentées
quapportent les sondages.
Netpolitique.net : Vous décrivez les forums
comme des espaces « crisogènes »
en puissance. Vous ne mentionnez en revanche pas les
« weblogs » qui se développent énormément,
et par nature permettent à des éditorialistes
en herbe de commenter et ré-interpréter
l information médiatique, en sappuyant
et en renvoyant sur dautres weblogs et médias
en ligne. Comment analysez-vous leur influence ?
Didier Heiderich : Les weblogs représentent
une dimension du net qui savère véritablement
intéressante. Si lexpression dun
individu dans un forum peut être spontanée
et correspond à une partie de ping-pong , le
weblog est une forme plus personnelle dexpression,
plus proche de lintime. Votre expression «
ré-interpréter » est juste. Internet
est par nature un immense réseau qui fonctionne
par contributions successives, cooptation, « copier-coller
», « copier-coller-déformer ».
Les weblogs participent à cette reprise / modification
/ réinterprétation successive de linformation.
Le problème en politique, cest que ce nest
pas la réalité est "vérité",
mais la perception de la réalité qui devient
un fait. Internet contribue à la modification
de la perception politique et même à la
fixation de nouvelles normes. Le volume médiatique
des weblogs est potentiellement immense et des convergences
répétées vers les mêmes propos
sont forcément le signe dun mouvement dopinion.
Je dois vous avouer une certaine affection pour les
weblogs qui sont autant de bouteilles jetées
à la mer par nos concitoyens. Lorsquils
sont profondément humains, la politique et lexpression
sur internet se rejoignent, pour le meilleur comme pour
le pire.
Netpolitique.net : Enfin, la question rituelle
de nos interviews : quels sont vos trois sites favoris
?
Didier Heiderich :
Cest idiot, mais google reste de loin le site
web que jutilise le plus.
Sinon, le site web du Monde reste une source dinformation
privilégiée.
Enfin, les sites web des universités et des universitaires
restent une source inépuisable dinformations
et de découverte.
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