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Netpolitique : Le cyberlobbying n'est pas de
prime abord un concept évident. Pourriez-vous
nous donner votre définition et/ou un exemple
de ce que vous appelez le cyberlobbying ?
Nicolas Dahan : Partons de la définition
du lobbying : toute activité d'influence de décideurs
publics par un groupe d'intérêt. Le cyberlobbying
(ou e-lobbying) recouvre donc les formes particulières
de lobbying recourant aux NTIC : Internet, courrier
électronique, etc.
Je n'inclue pas des actions de type marketing viral
(publicité transmise par les Internautes et non
par l'annonceur lui-même, appels au boycott d'une
entrepise, etc) : ce ne sont pas des actions dont le
destinataire est un décideur public.
Pour un exemple de ce qui correspond selon moi à
du cyberlobbying, on peut se reporter au site qui porte
la campagne de l'industrie du disque française
en faveur de la baisse du taux de TVA, ou le site de
Monsanto sur les OGM.
Au delà du contenu informatif (diffusion de rapports,
de la position du groupe d'intérêt), des
actions spécifiques sont menées : organisation
d'un pétition en ligne, transmission de messages
aux décideurs publics via emails, etc.
.
Netpolitique.net : A tort ou à raison,
le lobbying en France pâtit d'une image très
négative. Il est souvent dépeint comme
un instrument de pression, employé par les grandes
entreprises qui seules ont les moyens de s'offrir ce
type de services. Le cyberlobbying en revanche s'adresserait
davantage au(x) citoyen(s) "de base" (du militant
chevronné au consommateur insatisfait) leur donnant
les moyens de se faire entendre des pouvoirs publics
et des médias pour plaider leur cause. Cette
distinction un peu simpliste reflète-t-elle une
réelle séparation entre lobbying traditionnel
et cyberlobbying ?
Nicolas Dahan : Il est incontestable que
le lobbying traditionnel (on pourrait dire "off-line",
hors ligne) a été et reste un 'sport de
riches'. Prenez par exemple le coût de fonctionnement
d'un bureau de représentation à Bruxelles
ou à Genève, il est extrêmement
élevé pour bénéficier d'une
présence efficace.
Il est également vrai que les groupes d'intérêt
aux ressources les plus limitées ont été
les premiers à utiliser de manière intense
et innovante les NTIC pour leurs actions de lobbying.
Les ONG, mais aussi des individus isolés, ont
su démultiplier leurs ressources en les mutualisant
: partage d'informations, de coûts d'une campagne,
etc. Ils ont également pu toucher et influencer
à moindre coût une partie de l'opinion
publique et des médias.
Pour autant, faut-il opposer l'influence on-line à
l'influence off-line ? Sont-ils substituts ? Il me semble
que pour être efficaces ces méthodes doivent
être complémentaires. Sur ce point, la
pratique des ONG comme celle des entreprises se rejoignent.
La différence est plus dans le dosage : les entreprises
privilégient nettement plus le off-line que les
ONG.
Netpolitique.net : Le cyberlobbying est très
développé aux Etats-Unis (aussi appelé
"online advocacy"), un peu également
au Royaume-Uni (cf. interview
Graham Covington), mais reste très limité
en France. Faut-il y voir un simple retard technologique,
lié à un taux de connexion inférieur
aux pays anglo-saxons, ou faut-il plutôt chercher
du côté de blocages culturels et politiques
spécifiques ?
Nicolas Dahan : Je ne crois pas vraiment
à l'hypothèse du retard technologique.
Le commerce électronique s'est développé
très rapidement en France ces dernières
années : pourquoi pas le cyberlobbying ?
Le retard français vient plutôt de difficultés
culturelles. Tout d'abord, bien sûr, du statut
controversé du lobbying en général.
Bien que pratiqué par toutes les grandes entreprises,
il demeure peu admis publiquement. Ensuite sur le cyberlobbying
plus particulièrement, l'écrasante majorité
des entreprises pense encore que ces méthodes
sont "indignes" d'elles, qu'elles ne peuvent
être employées que par des activistes prêts
à toute sorte d'incivilités. Pour les
rares entreprises qui s'y sont mises, elles se limitent
encore à des sites vitrines d'information sur
des questions institutionnelles. De plus, le cyberlobbying
implique davantage de transparence : tout le monde peut
lire sur votre site votre position paper ou s'inscrire
à votre newsletter. Or, la pratique française
du lobbying est encore beaucoup (trop ?) fondée
sur la discrétion voire le secret. De ce point
de vue, la culture évolue très lentement.
Netpolitique.net : Vous décrivez dans
votre livre à paraître les tendances actuelles
et à venir du cyberlobbying. Pouvez-vous nous
en dire un mot en avant-première ?
Nicolas Dahan :
Sans pouvoir développer, on peut noter quelques
innovations dans la pratique du cyberlobbying par les
entreprises. Elles passent d'une attitude passive-réactive
à une attitude proactive-offensive en trois temps.
1) L'entreprise organise une veille on-line et si nécessaire
répond à des attaques ou des menaces par
une défense off-line : publication de communiqués
de presse, procès, etc.
2) L'entreprise continue à réagir à
des stimuli externes mais elle a prévu à
l'avance des réponses appropriées, à
la fois off-line et on-line. C'est le cas des entreprises
qui disposent de "sites dormants" : des sites
finalisés à 90% et qui ne sont pas accessibles
par Internet, ils seront finalisés et mis en
ligne très rapidement si la nécessité
s'en faisait sentir (suite à un événement
tels qu'une catastrophe industrielle ou un plan de licenciements
massifs).
3) L'entreprise reconnaît qu'elle doit 'occuper
le terrain' également sur Internet, participer,
et si possible canaliser le débat public en ligne.
C'est le cas de Monsanto qui a créé un
site de débat sur les OGM. Cette démarche
est beaucoup plus proactive.
Naturellement, la plupart des entreprises en sont au
premier stade, quelques entreprises se trouvent au second
et le troisième demeure exceptionnel.
Netpolitique.net : Question traditionnelle de
nos interviews pour finir : quels sont vos trois sites
favoris ?
Nicolas Dahan :
Je suis un internaute 'utilitaire' : je fais mes courses,
je consulte mon compte bancaire, je fais des recherches
documentaires pour le travail. J'utilise peu l'Internet
pour mes loisirs. Et surtout, je crée des sites
pour mes étudiants et les enseignants-chercheurs.
- J'utilise régulièrement de nombreux
sites ayant trait au lobbying ( www.lobbying-europe.com
notamment) ainsi qu'aux institutions politiques (les
sites Europa ainsi que ceux de groupes tels qu'Euractiv,
le BEUC, l'UNICE sont des mines).
- Je consulte souvent le site des enseignants chercheurs
en
stratégie : http://www.strategie-aims.com/.
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