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Ann MacIntosh, Professeur au Centre de Recherche de l’Université de Napier en Ecosse à propos de l'e-pétition parlementaire

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L'interview de David Bollier
(Mars 2003)

David Bollier est l'auteur d'une étude publiée par l'Aspen Institute sur la " Netpolitik". Ce nouveau concept, aux confluents de la Realpolitik et de globalisation, met en perspective le rôle que jouent les réseaux dans la conduite des affaires internationales.

Netpolitique : Pourriez-vous définir ce nouveau concept dans le domaine des affaires internationales que vous appelez Netpolitik ?

David Bollier : La Netpolitik désigne une tendance émergente de la diplomatie internationale basée sur de nouvelles variétés de " soft power " [littéralement : " pouvoir doux ", cf. définition ci-dessous] telles que la légitimité morale, l'identité culturelle, les valeurs sociétales et la perception publique. Ces forces ont bien entendu toujours exercé leur influence dans les relations internationales mais Internet amplifie grandement leur influence. Les instruments traditionnels de coercition à l'échelle globale, tels que la force militaire et le pouvoir financier ne sont pas nécessairement décisifs, particulièrement à long terme. Les interconnexions croissantes entre les nations, économiques, politiques, culturelles, favorise le développement et l'importance de ce " soft power ". Cette tendance semble être lourde de conséquences à terme pour l'unilatéralisme américain qui apparaît comme la clé de voûte de la politique étrangère de l'Administration Bush.

[Soft power : concept avancé par Joseph Nye, professeur à Harvard, pour désigner la capacité à rallier, plutôt que confronter, les gens ou, par extension, les Etats. Ce " pouvoir d'attraction " repose avant tout sur un système de valeurs qui légitime les objectifs diplomatiques d'une nation. Pour Nye, le Canada, les Pays-Bas sont des exemples de pays dont l'influence politique est bien plus importante que leur pouvoir réel (cad militaire). Voir aussi cet édito de J. Nye dans Le Monde : www.reseauvoltaire.net/article6741.html].

Netpolitique.net : Vous décrivez Internet comme le support idéal du développement de l'influence -ou de la contre-influence- de ce " pouvoir doux " face aux pouvoirs institutionnels traditionnels. Comme nous pouvons le voir, la guerre actuelle a engendré de nombreux mouvements d'opinion et de protestation, certains d'entre eux se manifestant principalement ou exclusivement via internet. Faut-il les considérer comme des manifestations de ce " pouvoir doux " ?


David Bollier : Internet a été un terreau fertile pour de nouvelles variétés de " soft power " en permettant à de nouveaux types de publics de s'organiser, de développer des messages politiques cohérents et de les disséminer ouvertement à destination d'un public global. Cela affecte certains des principes de la diplomatie et de la politique internationale. Par exemple, Internet a facilité la remarquable croissance des protestations anti-guerre aux quatre coins du globe. Ces démonstrations de l'opinion publique, ont considérablement conforté la position de la France, l'Allemagne et la Russie et d'autres nations opposées à la guerre.

Cela a également affecté la stratégie militaire américaine en Irak. Compte tenu de la veille permanente exercée par les populations via des sources en ligne indépendantes, parfois en temps réel, l'armée américaine est sous pression constante afin d'éviter les victimes civiles et les dommages collatéraux ; elle sait combien les répercussions politiques seraient dommageables.

Les weblogs sont devenus une source d'information crédible importante concernant la guerre. Ils offrent une immédiateté non filtrée et des perspectives politiques que les grands médias ne peuvent pas fournir. Les moteurs de recherche offrent un moyen commode pour localiser les informations les moins visibles et -lorsqu'elles sont relayées par les bons supports- peuvent être disséminées vers des audiences internationales. Le journaliste américain Seymour Hersh affirme que des documents bidons montrant que le Niger avait vendu à l'Irak de l'uranium pouvant être utilisé à des fins militaires -information donnée à la CIA et qui a abouti dans le discours du président Bush sur l'Etat de l'Union- aurait pu être dénichée en faisant une simple recherche sur Google. Quand les outils d'Internet peuvent être utilisés pour affecter à ce point la crédibilité d'un gouvernement, cela suggère une vraie opportunité pour toute sorte d'acteurs politiques non-gouvernementaux.
Internet a également permis de créer de nouveaux vecteurs de pouvoir entre les populations issues des diasporas ethniques. La communauté chinoise de par le monde a utilisé le Net pour alimenter l'agitation en Chine face à la "mollesse" apparente du gouvernement chinois face à l'Indonésie. Les exilés du Ghana ont utilisés Internet pour influencer les campagnes d'opposition et les informations diffusées dans le pays. Internet a permis d'aider des journaux censurés du Zimbabwe à publier leurs articles en ligne, une action dont les répercussions politiques ont été significatives.

En général, les nouveaux pouvoirs qui s'appuient sur Internet contribuent au développement d'une nouvelle transparence dans les relations internationales. Ils défient également l'autorité du journalisme "corporate" et des gouvernements qui sont accoutumés à exercer leur pouvoir sans conteste en ce qui concerne la diffusion et l'interprétation des faits d'actualités. Pour être crédible dans ce nouvel environnement, dès lors, les batailles de propagande devront être menées de manière différentes en utilisant différents types de message, différents supports et "structures de crédibilité" (des sources qui garantissent la fiabilité des informations). Il reste à déterminer si ce sont les faits objectifs ou les préjugés culturels qui auront le plus de poids sur l'opinion publique.

Netpolitique.net : Vous insistez sur les défis auxquels est confronté le Département d'Etat américain pour gérer les différentes sources et messages qui s'échangent dans ce nouvel espace public. Qu'est-ce que cela signifie pour la diplomatie américaine à long terme?

David Bollier : La crédibilité est une forme de pouvoir qui doit être cultivé et protégé attentivement. Dans l'espace culturel transparent créé par internet, il est virtuellement impossible de contrôler les flux d'informations et les "plate formes publiques" de manière habituel. Les mensonges et la langue de bois sont plus rapidement dévoilés, et les sources d'information concurrentes sont légion.

Tandis que les sources d'information se diversifient et se démocratisent, les problèmes pour établir une viabilité suffisante et la confiance dans un message particulier devient plus intense. Dès lors, quand la manipulation et la propagande sont plus aisément attaqués, les leaders gouvernementaux ont moins de marge de manoeuvre pour réaliser des ententes douteuses ; ils peuvent être contraints de respecter un haut niveau d'intégrité. Les gouvernements font également face à de nouvelles difficultés liées à l'hyper-vitesse de l'information, qui raccourcit la "fenêtre de tir" qui permet d'absorber et de répondre à l'information.

Du fait de ces changements, la diplomatie publique américaine fait face à un problème structurel très frustrant. En tant que produit d'une bureaucratie formelle et hiérarchique (le département d'Etat), la diplomatie publique devient moins capable de fonctionner efficacement dans un milieu d'informations qui est informel, flexible et rapidement changeant. Le département d'Etat peut-il s'adapter à cet environnement différent de communication ? Ces défis transcendent les problèmes idéologiques et de leadership individuel.

Netpolitique.net : Pour conclure, selon notre habitude, quels sont vos sites préférés ?

David Bollier :
- Public Knowledge, une organisation traitant principalement des questions concernant Internet et les copyrights : http://www.publicknowledge.org
- Le Norman Lear Center de University of Southern California, un centre d'étude sur la convergence de la société et de l'industrie des loisirs: http://www.learcenter.org/html/
- The Aspen Institute (un think tank), et son programme "Communication et Société" : http://www.aspeninstitute.org/Programt3.asp?i=56

Enfin, mon site personnel : www.bollier.org
David Bollier peut-etre contacté à bollier@essential.org

Lire “THE RISE OF NETPOLITIK : How the Internet Is Changing International Politics and Diplomacy”.


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