Partagez votre Paname
Suivez l'actualité de la netpolitique. Abonnez-vous à la newsletter.


Powered by FeedBlitz

Données personnelles
  Voir les archives
 
Photo de Ann Macintosh Netpolitique a interrogé

Ann MacIntosh, Professeur au Centre de Recherche de l’Université de Napier en Ecosse à propos de l'e-pétition parlementaire

  Voir l'interview

  Voir toutes les interviews
AlloPass, le micro-paiement pour tous les Webmasters !
 
L'interview de Solveig Godeluck
(Novembre 2002)

Solveig Godeluck est une journaliste indépendante. Elle a collaboré à de nombreux journaux tels que L'Express, Le Nouvel Observateur, Le Point, L'usine nouvelle, La Croix avant de devenir reporter au service économique de Transfert, un magazine mensuel et quotidien en ligne et une agence de presse traitant essentiellement de la " vie numérique ". Spécialisée dans Internet et les nouvelles technologies, elle est, par ailleurs, l'auteur du Boom de la netéconomie [2000] et de La géopolitique d'Internet [2002] qu'elle a publiés aux Éditions La Découverte.

Nos questions pour Solveig Godeluck seront plus longues que d'habitude pour permettre à ceux qui n'ont pas encore lu son ouvrage de comprendre le débat et de mieux apprécier les réponses de l'auteur.

Netpolitique
: Vous dites que les colons (les internautes) disposent d'une nouvelle intelligence artificielle caractérisée par une puissance de calcul démultipliée, une capacité de mémoire étendue et un pouvoir de relais. Vous les décrivez également comme l'expression d'une relation individualisée à la société ; ils souffrent d'individualisme en réseau.
Ne pensez vous pas que cet individualisme (d'autant plus important chez les nouveaux internautes) est le plus grand frein à un réveil ou à une mobilisation collective des colons ?
Et que répondez vous aux personnes qui affirment que le degré d'implication personnelle des internautes dans une cause politique défendue en ligne reste limité ?

Solveig Godeluck : Plusieurs choses. D'abord, plutôt que de parler d'une " intelligence artificielle ", qui est un terme connoté, je préfère dire que les individus possèdent l'équivalent d'une petite usine à domicile avec leur PC (puissance de calcul, espace de stockage) et peuvent recruter à bas coût toute une force de travail en ligne (compétences décentralisées). C'est un énorme potentiel - un nouveau pouvoir.

Je reprends ensuite l'idée de Castells d'un individualisme en réseau caractérisé par le " lien faible " : on crée des communautés temporaires, à géographie variable, avec des points d'entente limités plutôt qu'un idéal de vie ou une idéologie communs, un programme restreint. Ce n'est pas une maladie ! On n'en souffre pas forcément. Sauf, évidemment, si l'on recherche sur Internet la même cohésion, la même totalité que dans le monde physique lorsque l'on adhère à un parti ou bien simplement à une idéologie " de classe ".
Cet individualisme est nécessairement plus fort lorsqu'on s'éloigne du modèle de la communauté des pionniers d'Internet. Il s'exprime puissamment à travers la technologie du réseau ; mais il n'est pas né avec le Net non plus. C'est un phénomène sociologique plus profond. Dire que l'individualisme en réseau freine le " réveil " des colons n'est pas juste, car il peut se conjuguer avec des formes de protestation très puissantes (cf. histoire de la puce d'Intel qui a provoqué un scandale mondial, in Le Boom de la netéconomie), et il ne défait pas les solidarités déjà existantes (syndicats sur Internet). Je pense que cette nouvelle modalité d'action commune ajoute quelque chose plutôt qu'il n'en retire : le retrait est déjà opéré dans nos sociétés, il n'est qu'à voir le piètre état du syndicalisme en France ou bien l'affaiblissement des idéologies chez les jeunes.

Quant au degré d'implication personnelle, je crois que si on fait une moyenne, il est effectivement plus limité, parce que les " touristes " seront plus nombreux. Mais la comparaison est étrange. En ligne, vous gagnez potentiellement en nombre de manifestants (ou tout simplement de gens prêts à vous écouter) ce que vous perdez en profondeur d'engagement. Et c'est une tactique parfois plus efficace pour convaincre que celle du petit groupe soudé et militant mais disposant de peu de moyens.
.


Netpolitique.net : Vous développez la thèse selon laquelle l'avenir du cyberspace (ie le résultat de l'opposition marchands-colons) se joue à la frontière entre le cyberspace et le hors ligne, dans la sphère du technopouvoir. Le technopouvoir (qui est le pouvoir engendré par la maîtrise technologique) oriente le destin de l'espace virtuel vers ses futur(e)s valeurs, comportements et dépendances.
Comment mobiliser les colons à s'intéresser et à agir sur le technopouvoir sachant que, d'une part, la technologie est entrée dans une sphère de croissance et de complexité et que, d'autre part, les colons capables de maîtriser la technologie sont largement dépolitisés?


Solveig Godeluck : C'est tout le problème. Ca ne se fera pas tout seul. Agir sur le technopouvoir signifie… en faire partie, en se formant, en maîtrisant soi-même les outils techniques, le code. C'est un effort impossible à fournir pour la plupart d'entre nous. De même que la politique s'est professionnalisée, la " démocratie des utilisateurs " originelle va devenir de plus en plus représentative… parce que tout le monde ne sait pas écrire en xml. Il ne faut pas baisser les bras pour autant, rendre sa carte d'électeur sous prétexte que l'on ne peut pas voter soi-même chaque loi. Il est important de maîtriser un minimum, sinon le développement, du moins l'utilisation de l'outil. Citoyens, on ne vous demande pas forcément de participer à la rédaction des lois (quoique de nouvelles possibilités soient ouvertes en ce sens), mais de comprendre ce qu'elles signifient (qu'implique le code). Cette éducation commence à l'école et devrait se poursuivre tout au long de la vie, puisque l'obsolescence des technologies est de plus en plus rapide.

Dépolitisation du technopouvoir-colons : c'est souvent le cas, effectivement. Ce n'est que le reflet de notre société, où les politiques et les techniciens se tiennent chacun à leur place, et surtout on ne se mélange pas. Je n'ai pas de solution miracle, sinon d'encourager les hybrides ! Encore une fois, il serait bon que les politiques, les militants, les personnes ayant un message à faire passer, aillent sur Internet et y organisent l'action.

Il est à noter que tous les colons membre de l'élite du technopouvoir ne sont pas dépolitisés. Mais il y a un autre problème. L'action en ligne reste souvent marginale, peu médiatisée dans le monde réel où nous vivons tous les jours. Pour agir dans notre démocratie, qui est implantée dans le monde réel, il faut que les internautes investissent aussi le monde réel. On ne peut se contenter du réseau sur le long terme.


Netpolitique.net : Dans votre ouvrage, vous décrivez des régulateurs qui ne sont pas concernés par ces grandes questions sur l'avenir du cyberspace.
Comment faire passer ces régulateurs inconscients d'une attitude de soutien aux marchands (équivalent pour eux à un soutien de la croissance économique, seule réalité qu'ils semblent comprendre) à une prise de conscience ?
Certaines personnes éclairées au sein des régulateurs pourraient-elles avoir assez d'influence ou pensez-vous que le réveil des régulateurs ne pourra naître que d'un fort mouvement de mobilisation des internautes ?


Solveig Godeluck : Une double barrière s'impose aux régulateurs sur la route de la régulation d'Internet.
D'abord, la plupart des décideurs politiques considèrent que le réseau n'est qu'un média, et qu'à ce titre la réglementation des médias s'applique. C'est méconnaître la nature du Net, à la fois média et moyen de communication, télévision et téléphone. Evidemment, appliquer la régulation de la télévision au téléphone risque de saccager la liberté d'expression et la diversité qui y existent. Il est clair que les marchands sortent gagnant d'une configuration " média ", alors que les colons ont plus de chance en " moyen de communication ".
La deuxième barrière, c'est l'idéologie néo-libérale, qui réprouve l'intervention étatique dans l'économie. Comme si Internet n'était que la netéconomie ! Alors qu'une société se constitue dans le cyberespace…
Les régulateurs ne viendront au Net que si on les y force : si les électeurs s'y déplacent.


Netpolitique.net : Question rituelle, Solveig, pouvez-vous nous faire partager vos sites favoris?

Solveig Godeluck:
Je n'ai pas vraiment de sites favoris, ceux que je consulte sont d'une grande banalité :

www.google.com
www.pagesjaunes.fr
www.wired.com
www.heise.de/tp
www.zdnet.fr
www.politechbot.com

Les éditions la découverte ont consacré un site à cet ouvrage, n'hésitez pas à le visiter en cliquant ici.

Vous pouvez acheter cet ouvrage en cliquant ici.

   Favoris   Contact   Rechercher
Copyright Netpolitique tous droits réservés 2000-2002.  Crédits
Le blog de Netpolitique, suivez l'actualité au jour le jour
L'annuaire de la netpolitique, l'annuaire politique, public et syndical.
Les communiqués et les news de la netpolitique
Humour, e-satire : découvrez les phénomènes et les sites politiques

Le livre du mois

Les Blogs
de
Benoit
Desavoye

 Détails

Découvrez l'étude Netpolitique.net sur l'usage d'Internet par les députés français en 2001
Le meilleur site du mois sélectionné par Netpolitique