Netpolitique : On a beaucoup écrit
au sujet des campagnes électorales sur Internet,
de la démocratie électronique, des mobilisations
politiques qui usent (et abusent parfois) du Réseau.
Le lobbying, qui se situe à la confluence de ces
phénomènes, néchappe pas non
plus à linfluence dInternet. Vous parlez
dailleurs de "cyber-lobbying" dans un
article intitulé «
Les lobbies à lheure dInternet ».
Comment analysez-vous limpact du Net sur la pratique
du lobbying ?
G.Lamarque : Limpact varie considérablement
suivant le type dacteurs : entreprises, associations
professionnelles ou ONG. Cest pour les ONG que limpact
est certainement le plus important, et ce pour au moins
deux raisons liées à la nature même
dInternet :
- Internet facilite les contacts (entre ONG et entre
les ONG et leurs membres)
- Son coût est très réduit. Le
coût dun site sanalyse comme des coûts
fixes, maîtrisables et qui peuvent être
modulés en fonction des ressources du groupe
de pression. Quant aux coût des envois, qui sanalysent
comme des coûts marginaux, ils sont quasi-nuls.
Or, cest lélément le plus
important par rapport aux mailings traditionnels dont
le coût total est beaucoup plus élevé
(coût initial multiplié par le nombre denvois).
Ce quoffre internet, cest cette capacité
à alerter lopinion, les adhérents,
la presse et, naturellement les décideurs publics,
sans une forte logistique.
Parmi les ONG, loutil internet parait le plus
adapté à celles dont les démarches
sont les plus spectaculaires. Plus les campagnes reposent
sur la diffusion dimages, plus le media est utile.
Dans le domaine dun lobbying à base de
notes argumentaires, la valeur ajoutée du media
est plus faible, sinon dérisoire. Internet nest
pas condamné mais loutil devient alors
plus secondaire.
Netpolitique.net : Quand on pense au lobbying
-même au cyber lobbying- on pense plutôt
à Bruxelles et Washington quà Seattle
et Porto Allegre. Pourquoi estimez-vous que les campagnes
de mobilisation contre lOrganisation Mondiale
du Commerce ont marqué une étape importante
dans la jeune histoire du lobbying "on-line"
?
G.Lamarque :Il y a, tout comme en toute chose
lorsque lon étudie les rapports humains,
une dimension géographique, pour ne pas dire
culturelle, à prendre en compte. Cest un
fait, il y a des sociétés et des cultures
plus ouvertes à lutilisation du lobbying
que dautres. Par exemple, contrairement à
ce qui se passe à Washington, la médiatisation
autour des campagnes de lobbying est sans doute plus
faible en Europe.
En ce qui concerne les campagnes contre lOMC,
jy vois davantage une concomitance entre lirruption
dInternet et de ces événements quune
relation de cause à effet. Dautres événements
internationaux auraient sans doute pu créer le
même phénomène. Il ny a pas
besoin de beaucoup chercher pour expliquer ce succès.
Ceci nous renvoie à cette faculté de trait
dunion quoffre internet que jévoquais
tout à lheure.
Sur lOMC toujours, ce qui me frappe le plus
ce sont les adaptations de cette institution depuis
les événements de Seattle à ce
que lon appelle la société civile.
LOMC est aujourdhui une organisation pionnière
en matière de communication en ligne. Son site
affiche toutes les contributions reçues sur les
discussions en cours au sein de lOMC. Cette organisation
est aujourdhui très en avance en terme
de transparence et de perméabilité des
réactions par rapport à la société
civile.
Netpolitique.net : Comment réagissent
les lobbies plus "traditionnels" par rapport
à cette évolution ?
G.Lamarque : Il ny a pas de lobbies «
traditionnels ». Il y a des acteurs économiques
dont le lobbying nest pas la raison dêtre
mais qui peuvent être conduits à en faire.
Est-ce de ceux-ci dont il sagit ? Si oui, il est
exact que les entreprises peuvent être conduites
à faire du lobbying pour influencer ladoption
dune réglementation ou être pro-actives
et souhaiter combler des vides de la réglementation.
Or, cest un fait quelle nutilisent
pas ou peu le média Internet dans ce but.
En pratique, le lobbying se limite généralement
à un dialogue entreprises/pouvoirs publics, directement
ou indirectement, par le biais de leur association professionnelle
par exemple. Depuis longtemps, les entreprises ont conclu
que la meilleure efficacité est davoir
un dialogue sincère - et donc non ébruité
- plutôt quostentatoire et, il faut le dire,
vite déformé par le prisme des médias.
Il ny a aucune perversion dans ce schéma.
Simplement, reconnaissons que la technicité des
sujets et des discussions se prête mal à
leur médiatisation.
Mais il existe une autre facette du lobbying à
laquelle on ne pense que rarement : la communication
interne, la relation vis-à-vis du demandeur,
de ladhérent. Je dirais bien client mais
le terme est équivoque. Ici la Toile à
toute sa place : les réseaux intranets des entreprise,
pour informer linterne sur lévolution
de lenvironnement réglementaire de lentreprise,
et les extranet qui jouent un rôle de plus en
important dans la relation entre lentreprise et
leurs associations professionnelles et autres chambres
syndicales. Lapport dinternet : laccès
à linformation en temps réel, les
moteurs de recherche, les bases documentaires, le courrier
électronique entre experts est ici considérable.
Netpolitique.net : De plus en plus de mouvements,
issus de la société civile, se servent
également dInternet pour sorganiser
et interpeller publiquement ces mêmes entreprises.
Je pense notamment à des campagnes de protestation
et de mobilisation comme jeboycottedanone.com ou contre
certains grands groupes pétroliers. Les entreprises
nont-elles pas intérêt à tirer
les mêmes leçons que lOMC et jouer
la carte de la transparence, anticiper les réactions
de lopinion publique et développer leur
communication « corporate » sur Internet
?
G.Lamarque : On tombe ici dans un des travers,
mais je concède quil est largement répandu,
de mettre le lobbying, passez-moi lexpression,
à toutes les sauces. Pour quil y ait lobbying,
il faut quil y ait, en tout cas dans lacception
traditionnelle : un groupe, une démarche dinfluence
et, in fine, une réglementation.
De tous temps, les phénomènes de communication
de crise, avec ce quils ont dirrationnels,
ont tendance à déborder les services de
communication. Internet ny fait rien et noffre
pas plus de remède que les outils traditionnels.
En ce qui concerne ces guérillas conduites sur
internet et autres campagnes de dénigrement,
je crois que leur effet est très largement sur
estimé. Quant aux entreprises, il y a longtemps
quelles ont entrepris des réflexions sur
la manière de nouer les meilleures relations
avec leurs publics externes (les « stakeholders
»), plutôt quavec les seuls marchés
financiers (les « shareholders ») mais il
est vrai que dans un grand nombre de cas, ces efforts
de transparence ne sont pas ou en tout cas pas encore
récompensés.
Netpolitique.net : Enfin la question rituelle
de nos interviews : Gilles Lamarque, quels sont vos
trois sites web préférés ?
G.Lamarque : La valeur informative des sites
est faible pour les entreprises qui sont structurées
dans le secteur des affaires publiques. Comme je vous
lai dit les sites qui ont pour moi le plus de
valeur sont surtout des extranets. Jai cependant
un faible pour quelques sites européens :
- Euractiv : www.euractiv.com
- netguide : http://netguide.coleurop.be/
- Europa : http://europa.eu.int/
Sans oublier pour connaitre létat de
la circulation Sytadin , www.sytadin.tm.fr/
car je suis souvent pressé !
Gilles Lamarque peut-être contacté à
ladresse suivante : GillesLAMARQUE@aol.com
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