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L'interview d'Eric George
(septembre 2001)
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| Eric George, chercheur en sciences de
la communication est l'auteur d'une thèse sur l'utilisation
d'Internet comme mode de participation à l'espace
public. |
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Netpolitique : Pensez
vous qu'Internet peut permettre le renouvellement d'anciennes
formes d'organisations militantes comme les partis et
les syndicats?
E.George : Internet peut contribuer au renouveau
de la mobilisation sociale et politique en tant que catalyseur
parce qu'il permet à la fois de diffuser bon nombre
d'informations qui ne sont pas forcément retransmises
par les principaux médias et parce qu'il permet
de communiquer sur toutes sortes de sujets, donc à
la fois de débattre et de contribuer à des
actions concrètes. Toutefois, Internet ne peut
à lui seul permettre des innovations en matière
sociopolitique. Celles-ci sont à trouver parmi
les agissements des citoyens et les citoyennes, notamment
au sein des groupes constitutifs de ce que l'on appelle
de plus en plus souvent la "société
civile".
Netpolitique.net : Que pensez vous des expériences
de partis politiques en ligne?
E.George :Je crois qu'il est trop tôt pour
se prononcer sur cette question mais il ne faut pas surestimer
ce genre de pratiques. Là encore, ce n'est pas
parce qu'Internet existe et qu'il est utilisé par
les partis politiques que ceux-ci vont redevenir ou devenir
selon les cas beaucoup plus représentatifs des
populations. Il y a de vraies questions à se poser
sur l'état actuel de nos démocraties, et
osons le direr sur les démocraties de type représentatif
lorsqu'on voit les pourcentages des abstentions lors des
élections, y compris les plus importantes, dans
les pays occidentaux. Je ne veux pas dire pour autant
qu'il faut essayer d'instaurer une démocratie directe
qui serait basée sur l'utilisation des technologies
de l'information et de la communication comme Internet.
Je ne crois pas à cette vision individualiste de
la politique où chacun et chacune ne déciderait
qu'en fonction de ses intérêts égoistes
depuis son domicile. En revanche, je m'intéresse
aux initiatives en matière de démocratie
participative. Je pense par exemple au système
municipal dans la ville brésilienne de Porto Alegre.
Et gageons qu'Internet aura un rôle à jouer
en la matière étant donné sa dimension
à la fois informative et communicationnelle.
Netpolitique.net : La fracture numérique
n'existe-t-elle pas également dans le domaine de
l'engagement militant?
E.George : Évidemment. C'est pourquoi les
organisations ont parfois du mal à mettre en oeuvre
des stratégies basées sur Internet. Si elles
pronent l'égalité comme valeur fondamentale,
il est difficile pour elles d'employer des outils de lutte
discriminants. C'est d'ailleurs pourquoi le responsable
des activités électroniques d'une association
comme ATTAC Belgique a décidé de proposer
des séances de formation à Internet en tant
qu'outil de militantisme. Non seulement dans sa perspective,
il importe de former les activistes à Internet
mais il faut aussi que ceux-ci utilisent Internet en conformité
avec leurs objectifs sociaux et politiques.
Netpolitique.net : Si la netpolitique est l'ensemble
des activités politiques ayant pour support les
nouveaux média, pensez vous que celle-ci n'est
pas qu'une nouvelle façon de communiquer entre
les différents acteurs du domaine politique, mais
deviendra aussi une nouvelle manière d'envisager
le politique?
E.George: C'est sans doute la question la plus
pertinente mais il est difficile d'y répondre aussi
vite. Internet fournit un certain nombre de potentialités
mais ne peut certainement pas remplacer un projet politique.
En conséquence, c'est un outil qui peut être
fort utile dans une perspective, par exemple, plus participative
de la démocratie mais il ne peut certainement pas
remplacer l'implication des citoyens et des citoyennes
dans la vie politique. L'enjeu essentiel demeure, me semble-t-il,
les évolutions respectives et les imbrications
entre la sphère publique, souvent appelée
agora en référence à la démocratie
athénienne et la sphère plus proprement
politique où se trouve le pouvoir proprement dit.
Internet aura certainement un rôle dans les évolutions
des sphères publique et politique et dans leurs
relations. Reste à savoir lequel.
Netpolitique.net : Pensez vous qu'il existe un
nouveau territoire de communication, un nouvel espace
public entre les gouvernants et les gouvernés?
E.George: Si les usages politiques d'Internet se
développent largement -- ce qui n'est absolument
pas prouvé pour le moment -- il est possible qu'un
nouvel espace public permettant de relier gouvernants
et gouvernés prenne forme. Néanmoins, il
ne faut pas oublier qu'il est impossible d'étudier
uniquement le rôle d'Internet en tant qu'espace
public. Celui-ci se développe alors qu'il a été
précédé de tout un ensemble de dispositifs
techniques communicationnels, de la presse écrite
à la télévision, largement implantés
depuis bien plus longtemps dans nos vies quotidiennes.
L'espace public constitué par les médias
est donc très vaste et fort diversifié.
Pour répondre au sujet d'Internet, il faudrait
savoir quelle place celui-ci va prendre au cours des années
à venir dans l'espace public médiatique.
Pour le moment, la télévision reste le média
qui influence le plus l'espace public, au moins médiatique.
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