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Netpolitique : Electorales.com existe depuis
un an à peine et est déjà présent
dans 6 pays. Envisagez-vous de continuer à développer
ce réseau ?
R. Duarte : Le réseau dElectorales.com
couvre en réalité 8 pays : lArgentine,
le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Mexique, le
Pérou, ainsi que lEspagne et les Etats-Unis.
Dici lan prochain nous devrions être
présents dans 12 pays. Notre objectif est de
devenir la principale ressource sur le web hispanophone
pour tout ce qui concerne les applications dInternet
à la politique, la démocratie et la gouvernance
électronique. Bien que le taux de pénétration
dInternet soit encore relativement faible en Amérique
Latine, les perspectives de développement sont
immenses.
Netpolitique.net : Quel regard portez-vous sur
les aléas politiques de ces pays ? En quoi Internet
a-t-il ou peut-il jouer un rôle ?
R. Duarte : Durant ces 5 dernières années,
dans presque tous les pays dAmérique du
Sud, le crime, la corruption, la pauvreté et
lincapacité des gouvernements successifs
à endiguer les inégalités et le
chômage ont créé une crise profonde
et un sentiment généralisé de lassitude.
Cest un terrain fertile pour le populisme. Je
pense que le contexte va rester favorable aux populistes
qui profitent du mécontentement populaire à
légard des dysfonctionnements institutionnels.
Comme certains lont suggéré, la
politique en Amérique Latine obéit à
des cycles plus ou moins réguliers. Après
une décennie de libéralisme économique,
le populisme revient en force. Le régime du colonel
Chavez au Vénézuela et la campagne dAlan
Garcia au Pérou en sont un bon exemple. Garcia,
le populiste de gauche, le démagogue «
latino » par excellence qui avait déjà
conduit le pays au bord du gouffre dans
les années 80 est ré-apparu après
une décennie en exil comme un candidat viable
face à Alejandro Toledo, nouveau président
du Pérou. Lors de sa campagne, il est néanmoins
brillamment parvenu à redéfinir son image.
Il a dailleurs utilisé son site web en
ce sens : pour diffuser ses idées et son message,
pour exalter son image, justifier ses 10 années
dexil et enfin pour défendre son bilan
lorsquil était président du Pérou.
Netpolitique.net : On a beaucoup dit quInternet
favorisait par nature la liberté de linformation
et la démocratisation. Estimez-vous au contraire
que le net puisse être « détourné
» à des fins populistes par de telles personnalités
?
R. Duarte : A long terme, Internet deviendra
un outil important (mais pas fondamental) pour les mouvements
populistes dAmérique Latine. Le populisme
repose sur deux facteurs essentiels.
- Lutilisation dun contact direct, physique,
caractérisé par la voix, les mouvements
corporels et les expressions verbales propres à
chaque culture. Internet ne permet pas ce contact direct.
Ceux qui suivent un leader populiste ont besoin davoir
un rapport visuel, quasi-charnel avec leur héros.
Cette relation sétablit dans le monde réel,
pas virtuel.
- Les vagues promesses, les déclarations à
lemporte-pièce sur la façon dont
le candidat prendra en charge le pays sil est
élu. Ces promesses qui ratissent large peuvent
facilement et rapidement circuler sur le réseau.
En ce sens, le Net peut devenir un catalyseur (offline
et online) de la propagande populiste.
Lorsque la popularisation du Net et son utilisation
en politique se seront davantage développés,
le rôle dinternet deviendra probablement
(et malheureusement) un média attractif pour
les populistes pour toucher un certain électorat
plus éduqué (en Amérique latine,
lélectorat « populaire » ne
dispose pas dune connexion à la Toile)
et aussi pour organiser les mobilisations et manifestations
populaires sur le terrain.
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