Partagez votre Paname
Suivez l'actualité de la netpolitique. Abonnez-vous à la newsletter.


Powered by FeedBlitz

Données personnelles
  Voir les archives
 
Photo de Ann Macintosh Netpolitique a interrogé

Ann MacIntosh, Professeur au Centre de Recherche de l’Université de Napier en Ecosse à propos de l'e-pétition parlementaire

  Voir l'interview

  Voir toutes les interviews
AlloPass, le micro-paiement pour tous les Webmasters !
 
L'interview de Thierry Vedel (janvier 2001)

Thierry Vedel, chercheur au Centre d’Etudes de la Vie Politique Francaise, spécialiste des nouveaux médias et de la communication politique a répondu à nos questions. Il nous explique pourquoi Internet n'est pas fait pour la propagande.

Netpolitique : Vous avez récemment déclaré dans Libération que "L'Internet n'est pas fait pour la propagande". Pourtant, de la campagne présidentielles américaine aux tentatives de mobilisation de l'opinion, en Europe, au Proche-Orient ou aux Philippines, on a pu observer le rôle croissant -voire envahissant- joué par l'email, notamment dans la propagation d'un message politique. Ne faut-il pas distinguer les différents rôles que jouent le web, l'email et peut-être la messagerie instantanée en communication politique ?

T. Vedel : Les différentes applications de l'Internet ne donnent en effet pas lieu aux mêmes usages politiques. Si j'ai pu dire que l'Internet n'était pas l'outil le plus idoine pour la propagande politique, c'était en pensant au Web.

En premier lieu, la consultation des sites Web s'inscrit dans une recherche volontaire, et relativement raisonnée, d'information. On est dans une logique de requête, et même idéalement d'interaction, alors que les mécanismes de la propagande (via ses supports traditionnels: affiche, tracts, publicité télévisée) relèvent d'une logique uni-directionnelle, voire intrusive, d’imposition d'idées. Second élément : les enquêtes sur les utilisateurs des sites politiques tendent à montrer qu'ils sont davantage politisés que la moyenne de la population et que leurs opinions sont relativement structurées (donc peu influençables).

Dans ces conditions, les responsables politiques ont tout intérêt à concevoir leurs sites non comme une machine à délivrer les messages schématiques et uniformisés, mais comme des lieux de documentation, à la fois pratiques et sophistiqués. Evidemment, une telle approche peut coûter cher. Ainsi, non seulement je dirai que le Web n'est pas fait pour la propagande, mais qu'en outre ce n'est pas forcément un outil de communication politique bon marché.

En ce qui concerne l'e-mail, il me semble surtout utile, mais encore modestement utilisé, comme outil de communication interne aux organisations politiques (pour mobiliser des militants ou des sympathisants, pour coordonner des mouvements sociaux, etc.). Pour l’instant, je doute que le mail soit efficace pour diffuser des messages vers l'ensemble des citoyens. Si, dans des pays comme les Etats-Unis, le mailing politique est assez bien accepté par les électeurs, il n'en est pas de même en France (malgré les efforts des sociétés de marketing politique et le succès de quelques tentatives comme celle de J. Chirac en 1995 ou de G. Bourgoin en 1994). Le mailing politique par voie électronique pourrait même être contre-productif : les internautes sont en général rétifs au courrier non sollicité et se retournent parfois contre leurs émetteurs.

Netpolitique.net : En France, la législation sur les campagnes électorales interdit à un candidat de promouvoir son site Internet dans les derniers mois de la campagne. Pensez-vous que ces dispositions du code électoral affectent l'adaptation des politiques français a l'Internet ?

T. Vedel : Vous faites sans doute référence à l'interdiction faite aux candidats de porter à la connaissance du public un service téléphonique ou télématique gratuit durant les 3 mois précédant un scrutin (art. L 50-1 du code électoral). Toute la question est de savoir si un site Web est gratuit ou non. Oui, si l'on considère que les coûts de communication et d'accès exposés par les internautes ne rentrent pas en ligne de compte. Mais, les choses sont moins claires si on estime que l'abonnement versé au fournisseur d'accès rémunère non seulement la transmission mais l'accès à un ensemble de contenus informationnels.

Plus généralement, les candidats vont se heurter au problème de l'imputation du coût de leur site Web dans leurs comptes de campagne. Comment faire si le site a été réalisé bénévolement par un sympathisant? Comment évaluer les coûts de fonctionnement si le site est hébergé avec des centaines d’autres par le parti du candidat ? Pour l’instant, c'est surtout sous l'angle financier que le code électoral peut limiter le recours à l'Internet lors des campagnes. A moyen terme, un toilettage du code électoral sera nécessaire car il ne prévoit pas explicitement le recours à l’Internet et on raisonne essentiellement par analogie avec le Minitel ou les médias. Pour une bonne synthèse de la façon dont on peut utiliser l’Internet en période d’élections, voir http://www.canevet.com/legis/textes/elections.htm

(NDLR : voir aussi l’interview de Sébastien Canevet dans notre édition de septembre.)


Netpolitique.net : Philippe Séguin avait déclaré l'ouverture de la "première cyber-campagne électorale de France" lors du lancement de son site web. A deux mois du scrutin, on semble plutôt être en rase-campagne. Avez-vous eu l'occasion d'observer d'intéressantes stratégies de communication électorales "on-line" ?

T. Vedel : Les hommes politiques sont conscients que l’Internet va devenir un vecteur, parmi d’autres, de la communication politique et électorale. En 1997, on peut penser que la brièveté de la campagne a empêché nombre de candidats d’ouvrir un site. Aujourd’hui encore, à moins de deux mois des élections municipales, beaucoup de candidats n’ont pas de sites. Il est vrai qu’il s’agit d’une dépense importante : un site Web convenable implique un investissement d’environ 50 000 F, soit 15 % des dépenses maximales autorisées dans une ville française moyenne.

A côté des sites des candidats, on voit apparaître des sites non partisans, émanant souvent de sociétés commerciales (créées par des conseillers en communication ). En même temps que des informations, ces sites proposent des services payants pour les candidats (réalisation de pages Web, données socio-démographiques, gestion de courrier électronique, voire modèles de discours !). Ces services peuvent être utiles, mais ils sont souvent incomplets et mal actualisés et ne s’adressent pas prioritairement aux électeurs. C’est pourquoi il me semble indispensable qu'apparaissent des portails d’information électorale, réellement indépendants, non lucratifs, et surtout conçus pour les citoyens. Les universités pourraient très bien jouer ce rôle, en partenarial avec diverses associations civiques. Nous travaillons d’ailleurs en ce sens à Sciences-Po..

Netpolitique.net : Pouvez-vous nous-en dire plus sur ce projet?

T. Vedel : Début février, nous allons ouvrir à Sciences-Po, un site permettant de comparer les programmes et propositions des candidats au poste de Maire de Paris. Réalisé avec le concours d'un groupe d'étudiants, ce projet expérimental vise non seulement à mieux éclairer les citoyens (notamment les plus jeunes) et, on l'espère, à favoriser un débat d'idées. Nous souhaitons aussi engager une réflexion plus politique sur le développement inévitable de ce type de sites: comparer des programmes électoraux exige une méthodologie rigoureuse et transparente, faute de quoi on peut craindre des manipulations. Plus fondamentalement, nous voudrions provoquer une discussion sur ce que j'appelle la dérive consumériste de la politique que pourraient entraîner des sites électoraux comparatifs: évaluer un candidat, ce n'est pas tout à fait la même chose que comparer les prix ou les performances d'un aspirateur. Ou alors, c'est qu'on considère que le citoyen n'est qu'un consommateur de services administratifs, cherchant à maximiser son utilité individuelle, et non plus le membre d'une collectivité que préoccupe aussi l'intérêt public.

Netpolitique.net : La question désormais rituelle de nos interviews : "dis-moi quelles sont tes signets je te dirai qui tu es" : Thierry Vedel, quels sont vos 3 sites web favoris ?

T. Vedel : Mes trois sites favoris ? Paradoxalement il m’est difficile de vous répondre car, utilisant le Web comme observateur des relations entre le politique et l’Internet, les sites que je consulte le plus fréquemment sont parfois les plus mauvais (car j’essaie justement de comprendre les difficultés que soulève le support Internet pour faire de la politique).

Néanmoins, voici trois sites que je trouve intéressants dans une perspective de démocratie électronique:

- http://www.internet.gouv.fr/francais/index.html
Le portail gouvernemental pour s'informer des actions publiques dans le domaine de l'internet. On y trouve notamment de nombreux rapports sur la société de l'information et des liens utiles vers des sites étrangers. Riche et bien conçu, c’est une réussite en la matière. (voir aussi le portail des administrations françaises : http://www.service-public.fr/)

http://www.eff.org/
Le site de l'Electronic Frontier Foundation, la principale organisation américaine de défense des libertés publiques sur l'internet. L'EFF a été l'un des artisans de l'invalidation du Communications Decency Act en 1997. Une mine d'informations et de contacts pour ceux qui veulent protéger la liberté d'expression et leurs droits à la vie privée et à l'intimité dans la société de l'information.

http://www.lewisham.gov.uk/
Parmi les nombreux sites Web des villes, celui de Levisham (sud est de Londres) donne une bonne idée de la façon dont on peut, sans emphase mais très concrètement, utiliser l'Internet pour améliorer la démocratie locale. Voir en particulier la rubrique Lewisham On Line : Your Voice, Your Say qui offre aux habitants de multiples canaux d'expression.

Et bien sûr !: http://www.cevipof.msh-paris.fr/
Le site du Centre d'étude de la vie politique française de Sciences-Po et du CNRS (auquel j'appartiens). Outre une présentation des recherches, publications et séminaires du Cevipof, le site offre en ligne des dossiers et des rapports sur l'actualité politique et électorale.



   Favoris   Contact   Rechercher
Copyright Netpolitique tous droits réservés 2000-2002.  Crédits
Le blog de Netpolitique, suivez l'actualité au jour le jour
L'annuaire de la netpolitique, l'annuaire politique, public et syndical.
Les communiqués et les news de la netpolitique
Humour, e-satire : découvrez les phénomènes et les sites politiques

Le livre du mois

Les Blogs
de
Benoit
Desavoye

 Détails

Découvrez l'étude Netpolitique.net sur l'usage d'Internet par les députés français en 2001
Le meilleur site du mois sélectionné par Netpolitique