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Elections 2002 en France :
Internet, médiatisation de la campagne et satire politique.
(5 décembre 2001)

Un nouveau média dont l'utilisation est à la portée de tous


En matière de communication politique, les deux échéances électorales (Présidentielles et Législatives) présenteront au moins une singularité : on y comptera un nouveau média : Internet.

Le réseau sera un support de médiatisation de la campagne d'autant plus significatif que son utilisation est à la portée de chacun (compétences techniques minimum et coût proportionnellement dérisoire). Tout citoyen souhaitant participer à la campagne électorale peut à peu de frais constituer un site web et des listes de diffusion.

Alors que les grands médias traditionnels, presse écrite, télés et radios disposaient jusqu'à présent d'un monopole de fait sur les moyens de communication de masse, le média Internet marque l'avènement d'une communication potentiellement plus horizontale.

Simples citoyens, partis politiques, candidats, supporters ou opposants, tous peuvent désormais disposer avec Internet d'un support de communication grand public et diffuser en continu et à moindre frais l'information qu'ils souhaitent. En ce sens, le développement du web marque une véritable démocratisation de la parole politique.

Internet, terreau propice à la parodie et à la satire politique.

Les usages politiques du web tels qu'on a pu les observer dans les principales démocraties montrent qu'Internet a toutes les chances d'être, en France en 2002 comme hier en Italie, en Grande Bretagne et l'an passé aux Etats-Unis, le terreau propice à la parodie et à la satire politique.

Lorsque l'on voit la large diffusion virale qui peut être faite des textes, images, photos et affiches détournées à chaque événement d'envergure nationale ou internationale (à l'heure actuelle, Ben Laden, hier en France, le boycott de Danone), on comprend l'intérêt stratégique de ce vecteur de communication dans le cadre électoral.

En 2000 aux Etats-Unis lors de la campagne présidentielle, comme en Grande-Bretagne lors des dernières élections législatives, les sites satiriques connurent une fréquentation sans commune mesure avec celle des sites officiels des partis et des candidats.

En Italie, Silvio Berlusconi a à sa manière relevé le défi posé par ce nouveau champ bataille électoral. Afin de contrer et récupérer le mouvement de contestation qui se développait contre lui sur le web, Berlusconi a joué la carte de l'autodérision en organisant sur son propre site un concours de détournement de ses affiches de campagne. Il fallait oser.

Avec Internet, la campagne présidentielle 2002 va compter un nouveau champ de bataille d'autant plus sensible et stratégique, qu'il est vecteur d'image, qu'il est incontrôlable et qu'il bouleverse les règles de verticalité de la communication des mass médias.

La satire politique en ligne, enjeu essentiel de la Netcampagne en France ?

Pour la première fois dans l'histoire d'une campagne électorale en France, le média Internet pourrait influencer le processus de formation de l'opinion et donc le vote des citoyens-internautes.
Alors qu'en 1995, les Guignols de l'info étaient le principal vecteur " non politique " d'information alternative sur la campagne présidentielle, le net a en 2002 toute les chances d'emprunter la meme voie. Les Guignols ne s'y sont d'ailleurs pas trompés : ils ont commencé à présenter sur le site de Canalplus des pages perso parodiques des principaux candidats. Dans ce contexte, nul besoin de boule de cristal pour prédire le développement et la multiplication des contenus satiriques et humoristiques dans la campagne en cours et à venir.

Quelle sera l'attitude des équipes de campagnes des principaux candidats face à cette nouvelle donne de la communication en ligne ?

Les candidats joueront-ils, à l'instar de Sylvio Berlusconi, la carte de l'autodérision en ligne ? Les équipes militantes vont-elles produire, même en sous main, des contenus et sites satiriques pour attaquer et déconsidérer leurs adversaires ? Les équipes militantes vont-elles avoir recours à la diffusion virale pour faire circuler ces contenus au risque de spammer leurs concitoyens ?

L'importance accordée à la gestion et la construction de l'image des candidats devraient en toute rationalité conduire les camps respectifs à utiliser la satire en ligne pour tenter d'infléchir et d'entamer le capital image de l'adversaire. Nul doute que le président sortant sera une cible privilégiée. Une dizaine de sites satiriques lui sont d'ores et déjà consacrés. C'est dans la nature et le positionnement de l'ensemble de ces sites satiriques et productions spontanées que pourrait se jouer la bataille de l'image en ligne des candidats.

Jusqu'à présent la satire politique était l'affaire des comiques professionnels qui bénéficiaient du relais des médias. Avec Internet, la satire est à la portée de tous … simple citoyen internaute comme partis politiques. Nous allons voir au cours de la campagne des présidentielles si les sites et contenus satirique auront prospéré. Qui aura su s'en saisir et s'en servir et … au détriment de qui ? !
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