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Ann MacIntosh, Professeur au Centre de Recherche de l’Université de Napier en Ecosse à propos de l'e-pétition parlementaire

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La net-campagne n'est pas soluble dans le web.
L’avènement du Net en campagne c’est pour cette fois-ci, promis-juré. Après avoir essuyé les plâtres lors des Municipales l’an dernier en France, la gueule de bois des élections britanniques, on nous l’annonce bien haut, cette campagne sera cyber ou ne sera pas.

Pourtant, en ces temps difficiles où Internet ne fait plus recette et la politique ne fait plus rêver, il convient de ménager les attentes des uns et de respecter les réticences des autres. Il ne faut pas sous-estimer le potentiel du Net mais il ne faut pas non plus surestimer l’enthousiasme des politiques pour ce média[2]. Malgré tout ce qui a été dit et écrit sur le potentiel de l’outil Internet en communication politique, il n’y a pas réellement eu en France ou en Europe d’évènement fort qui aurait démontré concrètement la réalité de ce potentiel. Tout reste à faire, tout reste à prouver.

Paradoxalement, les autres moyens de communication utilisés en campagne électorale, du simple tract jusqu’aux spots télévisés, bénéficient largement du bénéfice du doute ; l’impact réel des médias off-line dans le contexte électoral n’a jamais pu être clairement évalué, mais il ne viendrait à l’idée de personne de s’en passer. Le web en revanche doit rendre des comptes. Tout y est mesurable, tous les résultats sont, dans une certaine mesure, quantifiables et il serait donc possible de démontrer, chiffres à l’appui, le succès –ou l’échec- d’une campagne de communication en ligne.

Or, jusqu’à présent, les résultats de campagnes politiques en ligne, tels qu’ils sont rapportés par les médias, se mesurent en général en terme de “pages vues” sur le site. Le candidat revendiquant le plus grand nombre de page vues sera ainsi proclamé cyber-champion grâce au “bourrage des URLs”[3].

Cet indicateur statistique est trompeur et inadapté. Il est trompeur parce qu’il est devenu, dans l’esprit du public, l’équivalent Internet d’un relevé d’audimat ou une indication de la popularité d’un journal. C’est comme si Le Monde mesurait ses résultats en terme de pages lues plutôt qu’en nombre de lecteurs. Enfin, il est inadapté parce qu’il conduit fatalement à une comparaison avec d’autres sites grands publics qui, contrairement aux sites de campagne, peuvent faire de la publicité et multiplier les passerelles pour attirer toujours davantage de trafic.

Il est possible bien entendu d’utiliser le nombre de visiteurs du site comme unité de mesure mais l’on verrait soudain les statistiques fondre comme neige au soleil et l’on ne ferait ainsi que déplacer le problème.

Le problème en effet n’est pas tant de choisir un indicateur fiable de trafic du site que le fait de mesurer le trafic du site en croyant mesurer le succès de la campagne en ligne d’un candidat. La stratégie Internet d’une campagne ne se résume pas au site web ; il n’est que le support visible de cette stratégie, la partie émergée de l’iceberg en somme. D’autres applications, d’autres opérations en ligne, destinés à communiquer avec les sympathisants, avec la presse, à organiser les militants “on-line” et “off line” mobiliseront les efforts de militants tout au long de la campagne.

Les objectifs réels d’une campagne politique en ligne ne sont pas séparés des résultats escomptés sur le terrain. De ce fait, les résultats de la campagne en ligne de 2002 seront jugés par les observateurs, aux premiers rangs desquels on trouvera les états-majors politiques, à l’aune de la capacité des candidats à :

- Sensibiliser et recruter des sympathisants en ligne (via un formulaire d’inscription ou l’abonnement à la lettre d’information)

- Informer régulièrement ces supporters-internautes, et pouvoir les mobiliser pour des actions off line (meetings, tractage,...etc.) ou on-line (participation à des « chats », des forums, …etc)

- Récolter des dons de soutien financier via un ou plusieurs sites.

Nous sommes à une étape particulière de l’histoire de la communication politique où les membres de la classe politique savent désormais qu’ils doivent avoir une présence sur le web mais ils ne savent pas forcément pourquoi. Si un candidat parvient à se démarquer et à réaliser ne serait-ce qu’un seul des ces objectifs, il aura contribuer à démontrer que si Internet ne fait pas l’élection, les élections ne se feront plus sans internet.

S.M

[1] Cf. 2001: Cyber Space Odyssey - The internet in the UK election
[2] cf. “Scepticisme des députés face à Internet” (Le Monde Interactif)
[3] Uniform Resource Locator : “identifiant” d’une page web (Voir la revue d'actu de cette newsletter).
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