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Pourtant, en ces temps difficiles où Internet
ne fait plus recette et la politique ne fait plus rêver,
il convient de ménager les attentes des uns et
de respecter les réticences des autres. Il ne
faut pas sous-estimer le potentiel du Net mais il ne
faut pas non plus surestimer lenthousiasme des
politiques pour ce média[2]. Malgré tout
ce qui a été dit et écrit sur le
potentiel de loutil Internet en communication
politique, il ny a pas réellement eu en
France ou en Europe dévènement fort
qui aurait démontré concrètement
la réalité de ce potentiel. Tout reste
à faire, tout reste à prouver.
Paradoxalement, les autres moyens de communication
utilisés en campagne électorale, du simple
tract jusquaux spots télévisés,
bénéficient largement du bénéfice
du doute ; limpact réel des médias
off-line dans le contexte électoral na
jamais pu être clairement évalué,
mais il ne viendrait à lidée de
personne de sen passer. Le web en revanche doit
rendre des comptes. Tout y est mesurable, tous les résultats
sont, dans une certaine mesure, quantifiables et il
serait donc possible de démontrer, chiffres à
lappui, le succès ou léchec-
dune campagne de communication en ligne.
Or, jusquà présent, les résultats
de campagnes politiques en ligne, tels quils sont
rapportés par les médias, se mesurent
en général en terme de pages vues
sur le site. Le candidat revendiquant le plus grand
nombre de page vues sera ainsi proclamé cyber-champion
grâce au bourrage des URLs[3].
Cet indicateur statistique est trompeur et inadapté.
Il est trompeur parce quil est devenu, dans lesprit
du public, léquivalent Internet dun
relevé daudimat ou une indication de la
popularité dun journal. Cest comme
si Le Monde mesurait ses résultats en terme de
pages lues plutôt quen nombre de lecteurs.
Enfin, il est inadapté parce quil conduit
fatalement à une comparaison avec dautres
sites grands publics qui, contrairement aux sites de
campagne, peuvent faire de la publicité et multiplier
les passerelles pour attirer toujours davantage de trafic.
Il est possible bien entendu dutiliser le nombre
de visiteurs du site comme unité de mesure mais
lon verrait soudain les statistiques fondre comme
neige au soleil et lon ne ferait ainsi que déplacer
le problème.
Le problème en effet nest pas tant de
choisir un indicateur fiable de trafic du site que le
fait de mesurer le trafic du site en croyant mesurer
le succès de la campagne en ligne dun candidat.
La stratégie Internet dune campagne ne
se résume pas au site web ; il nest que
le support visible de cette stratégie, la partie
émergée de liceberg en somme. Dautres
applications, dautres opérations en ligne,
destinés à communiquer avec les sympathisants,
avec la presse, à organiser les militants on-line
et off line mobiliseront les efforts de
militants tout au long de la campagne.
Les objectifs réels dune campagne politique
en ligne ne sont pas séparés des résultats
escomptés sur le terrain. De ce fait, les résultats
de la campagne en ligne de 2002 seront jugés
par les observateurs, aux premiers rangs desquels on
trouvera les états-majors politiques, à
laune de la capacité des candidats à
:
- Sensibiliser et recruter des sympathisants en ligne
(via un formulaire dinscription ou labonnement
à la lettre dinformation)
- Informer régulièrement ces supporters-internautes,
et pouvoir les mobiliser pour des actions off line (meetings,
tractage,...etc.) ou on-line (participation à
des « chats », des forums,
etc)
- Récolter des dons de soutien financier via
un ou plusieurs sites.
Nous sommes à une étape particulière
de lhistoire de la communication politique où
les membres de la classe politique savent désormais
quils doivent avoir une présence sur le
web mais ils ne savent pas forcément pourquoi.
Si un candidat parvient à se démarquer
et à réaliser ne serait-ce quun
seul des ces objectifs, il aura contribuer à
démontrer que si Internet ne fait pas lélection,
les élections ne se feront plus sans internet.
S.M
[1] Cf. 2001: Cyber
Space Odyssey - The internet in the UK election
[2] cf.
Scepticisme des députés face à
Internet (Le Monde Interactif)
[3] Uniform Resource Locator : identifiant
dune page web (Voir la revue d'actu de cette newsletter).
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