| Un seul chiffre a retenu lattention
des rédactions : « 83 % des Français
nont pas lintention de consulter les sites
des différents candidats à lélection
présidentielle ». Livré soit avec
ironie à lencontre de candidat prêchant
dans un e-désert soit avec indignation devant la
faible pratique du web et lutilisation marginale
de ses ressources par les Français, ce chiffre
cru est passé également pour une confirmation
de la médiocrité des sites de la campagne
présidentielle, incapables de susciter lenthousiasme
des foules ni même la curiosité citoyenne.
Et toujours le même chiffre, le même constat,
le même angle : seuls 17% des Français ont
lintention de consulter les sites de la net-campagne
présidentielle
Netpolitique et lObservatoire
de la net-campagne ont décortiqué les lignes
intermédiaires des résultats.
Sans doute laudience et linfluence des
sites de campagne seront-elles relativement faibles,
mais il convient dapporter quelques poids sur
lautre plateau de la balance :
1) Alors que selon les estimations les plus optimistes
cf. chiffres Médiametrie (1) seul un cinquième
de la population française disposerait dun
accès a Internet, il est assez remarquable de
relever que près de 17% des Français en
âge de voter déclarent avoir lintention
de consulter les sites des candidats à lélection
présidentielle. A titre de comparaison, quel
candidat ne sestimerait pas heureux dobtenir
ne serait-ce que 10% daudience à loccasion
de la diffusion de ses spots télévisés
qui font dordinaire fuir les téléspectateurs-zappeurs
?
2) Lorsque lon pose la même question aux
seuls internautes de cet échantillon représentatif,
ils sont plus du tiers (35%) à indiquer leur
intention de consulter ces sites. Dès lors que
la plupart des candidats ont fait dimportants
efforts pour être présents sur la Toile
durant la campagne, ce segment largement méconnu
et sous-estimé de lélectorat ne
manquera certainement pas déveiller la
convoitise des stratèges et des spécialistes
de la communication politique.
3) Quid de linfluence du contenu des sites sur
les intentions de vote ? : Le sondage indique, dans
ses résultats globaux, que 21% des Français
interrogés prendront en compte les informations
et les argumentations que livrent les sites de campagne,
avant de décider de leur vote. Ce résultat,
en lui-même, si on le compare au pourcentage de
Français dont lorientation (ou lindifférence)
électorale ne serait pas ébranlée
par une série de débats politique à
la télévision en prime time, savère
un satisfecit pour la netpolitique. En resserrant dun
cran le ciblage et en ne considérant que la population
internaute qui comptent visiter les sites, on apprend
que 51% de ces cybercitoyens répondent que cette
visite pourrait influencer leur choix de vote.
Loin dêtre défaitistes, ces résultats
paraissent au contraire très, voire trop encourageants,
à tel point quil apparaît important
dy apporter quelques nuances :
Sans préjuger des méthodes de linstitut
CSA-TMO, le versant positif de certains de ces résultats
a pu être surévalué. La mode dInternet,
limpératif de la conscience citoyenne qui
reste vivace (dans le verbe et devant le micro dun
sondeur) même en période de désenchantement
de la politique, la gêne que pourraient éprouver
les personnes en avouant qu'elles ne vont jamais sur
Internet, la tendance à donner une réponse
socialement et culturellement valorisée, expliqueraient
que les sondés aient hâtivement déclaré
qu'ils nexcluaient pas de prêter attention
aux sites de campagne ni détayer leur réflexion
sur les éléments récoltés.
Enfin, et cest une nuance qui sappliquent
à tous les sondages électoraux, il ne
sagit à ce stade que de déclarations
dintention par rapport à une campagne qui
na pas encore réellement démarré.
A la suite de ces constats contrariant le scepticisme
qui gouverne les commentaires sur l'utilisation d'Internet
dans le débat politique et dans la net-campagne,
des conclusions nouvelles méritent dêtre
avancées :
- Les internautes sont-ils plus « indécis
» que la moyenne des Français, plus enclins
à changer la nature de leur vote si le contenu
d'un site les convainc ? Si 51% des internautes qui
comptent visiter des sites de campagne estiment que
cette visite jouera un rôle dans leur choix électoral,
lenjeu de la net-campagne, dans une élection
qui peut se jouer à quelques centaines de milliers
de voix, est loin dêtre négligeable.
- Enfin, pour remonter le moral des webmasters que le
verdict des 17% aurait pu accabler, soulignons quau
travers des actions et des opérations médiatiques
que les candidats peuvent mener autour de leur stratégie
Internet (inauguration du site, communiqués de
presse sur une évolution du site révélatrice
de linvestissement du candidat dans les NTIC,
événementiels pour mettre en scène
le débat interactif avec les citoyens, références
à un point fort du site lors dune interview
télévisée, etc.), la net-campagne
dépasse largement le cercle étroit du
public internaute. La moindre innovation de la campagne
en ligne donne lieu à des articles et à
des reportages qui contribuent à la médiatisation
du candidat et à la construction de son image
auprès de lélecteur, quil
soit connecté ou non.
Cette nouvelle lecture, qui montre finalement la grande
disponibilité des internautes à légard
des candidats actifs sur le web, invite les aspirants
à l'Elysée et leurs équipes à
développer la dimension numérique de leur
campagne. Les sites et les contenus déjà
en ligne présentent des qualités indéniables.
Gageons que, lexpérience aidant, ils s'adapteront
mieux aux attentes des internautes... et sauront les
susciter.
François Freby, fondateur de l'Observatoire
de la Net-Campagne
Stanislas Magniant et Jean-Philippe Clément,
membres-fondateurs de Netpolitique.net
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