| D'abord, qu'est ce qu'une communauté
virtuelle ? Selon le gourou du domaine Howard Rheingold
(interviewé
le mois dernier par Netpolitique.net), " les
composantes indispensables d'une communauté virtuelle
sont le nombre d'individus, les rapports sociaux vécus
entre eux, un intérêt commun et le développement
d'un processus dynamique qui prend son temps ". En
pratique, il s'agit de réunir une communauté
de personne autour d'un objectif commun dans un espace
dit " virtuel " car il n'existe que sur les
réseaux numériques.
Quel est l'intérêt de la mise en place
d'un tel dispositif ? Imaginons un cas pratique.
Le député Dupond est très "
branché ". Il a une connexion Internet dans
sa permanence depuis 2000 et une connexion à
son domicile depuis début 2001.
Il a déjà un site Internet dont le contenu
est assez simple :
- Edito mis à jour régulièrement
- sa biographie
- Une revue de presse des articles parus sur lui
- Quelques dossiers thématiques
- Son agenda
- Les coordonnées de sa permanence
- Une rubrique liens
Or, il souhaiterait être plus en contact, plus
à l'écoute de ses concitoyens aussi bien
locaux que nationaux. Et, ne nous voilons pas la face,
il souhaiterait avoir plus d'audience, plus de visibilité
pour lui-même et pour sa future ré-élection.
Dans ce cadre (et dans bien d'autres), la mise en place
d'une communauté virtuelle citoyenne et politique
semble particulièrement bien adaptée.
Concrètement, le député Dupond
ouvrirait, à côté de son site, un
espace numérique (donc sans contrainte géographique
ou temporelle) où il pourrait débattre
avec ces concitoyens de sujets qui les préoccupent.
Le député pourrait à la fois recueillir
des informations précieuses du terrain et développer
son point de vue sur les questions abordées.
Mais voilà la solution nous diriez vous ! C'est
génial, c'est idyllique, vive les réseaux
numériques. Malheureusement la mise en place
de communautés virtuelles est un exercice plus
difficile que cela et qui comporte de nombreux risques
et contraintes. Vous vous êtes peut-être
déjà retrouvé sur un forum politique
(que l'on pourrait qualifier au sens large de communauté
virtuelle politique), qui voit s'affronter continuellement
les extrémistes du web. Soit dit en passant,
ces échanges entre extrémistes y sont
pour beaucoup dans l'image " d'agités du
bocal " que l'on peut avoir sur les personnes qui
s'intéressent à la politique via Internet.
Parenthèses refermées, ces forums sont
le lieu de nombreux dérapages bien loin des débats
politiques constructifs. Les dérapages, les insultes
sont l'un des premiers risques d'une communauté
virtuelle. Cela nécessite d'être vigilant,
voire de modérer toutes les participations, cela
implique la présence constante d'un animateur-régulateur.
Autre contrainte, bien sûr, l'appropriation par
les utilisateurs des différents outils proposés
par la communauté virtuelle (chat, forum, Mailing
List, espace de stockage de fichiers
). Là
encore la présence d'un animateur, capable d'accompagner
les nouveaux venus dans la communauté est nécessaire,
voire obligatoire.
Mais la contrainte qui semble la plus méconnues
et pourtant la plus gênante, reste tout simplement
celle d'assurer la vie, la continuité et la pérennité
de la communauté elle-même. Temps réels,
la section virtuelle du PS, est une communauté
virtuelle politique active et pérenne. Mais elle
doit certainement sa survie, d'une part à l'indéfectible
lien militant qui la sous-tend et d'autre part, et surtout,
à l'énorme effort de ses animateurs qui
continuellement recentrent les débats et produisent
des synthèses des différents travaux de
réflexions. Ainsi, une communauté virtuelle
citoyenne et politique ne pourrait survivre sans un
objectif précis, sans la contrainte peut-être
de s'obliger à produire des réflexions
constructives sur les sujets débattus.
Aucun membre ne resterait actif plusieurs mois au sein
de cette communauté, si celle-ci débat
simplement dans le vide, sans jamais arrêter une
réflexion ou une proposition concrète.
Là encore, l'animation de la communauté
reste un facteur clé de succès.
Lancer une communauté virtuelle citoyenne et
politique apparaît comme une bonne solution aussi
bien pour les élus que pour les citoyens désireux
de prendre part au débat. Mais les réseaux
numériques ont également leurs exigences.
Dans les semaines à venir, nous mettrons en ligne
une fiche pratique pour aider les personnes volontaires
à monter une communauté virtuelle citoyenne
et politique en évitant la plupart des pièges
identifiés.
Cet édito a été inspiré
par un travail collectif réalisé via une
communauté virtuelle de projet au sein du DESS
en ligne " Communautés virtuelles et management
de l'intelligence collective via les réseaux
numériques " dispensé par l'Université
de Limoges. Merci au groupe projet qui nous a permis
de nous inspirer de leur travail : Patrick Assoumou,
Jean-Philippe Clément, Yves Duron , Michel Filliau,
Cyril Gallitre, Béatrice Martins Da Silva, Brigitte
Rodriguez.
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