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Ann MacIntosh, Professeur au Centre de Recherche de l’Université de Napier en Ecosse à propos de l'e-pétition parlementaire

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Bilan des 10 pronostics de Netpolitique sur la net-campagne française : 8/10
Le 30 novembre dernier, Netpolitique a publié 10 pronostics sur les innovations attendues pour les net-campagnes des présidentielles et des législatives de 2002. Bien plus qu'un simple exercice divinatoire, il s'agissait pour nous d'établir un certain nombre de points de repères indicatifs des progrès de l'intégration du Net dans la communication politique française. En dressant aujourd'hui ce bilan, notre propos n'est pas d'exhiber la liste de nos présomptions qui se sont vérifiées, mais de souligner que chacune d'entre elle marque une innovation, voire une pierre blanche, si petite soit-elle, dans l'intégration des nouvelles technologies en campagne électorale et au-delà, le développement de la netpolitique comme nouvel espace de communication politique et sociale.

Pronostics

Bilan

1) Nous verrons apparaître au moins un site d'échange de votes.Le phénomène du vote stratégique (cf. Netpolitique Newsletter de novembre 2000 " du Peer-to-Peer (P2P) au Voter-to-voter ") développé aux Etats-Unis et repris en Grande-Bretagne, pourrait se développer dans les semaines précédant le scrutin des Présidentielles, permettant notamment aux " petits " candidats de développer des stratégies de " troc " de votes pour atteindre la barre des 5% de suffrages (nécessaire au remboursement des frais de campagne) ou tout simplement maximiser le score du premier tour. On peut également supposer que la récente suspension de l'interdiction de publication de sondages une semaine avant le vote pourrait favoriser ces échanges stratégiques dans les jours précédant le scrutin.

De l'audace toujours de l'audace, mais là point de résultat. Notre pronostic le plus téméraire ne s'est pas vérifié, malgré quelques projets -avortés- en ce sens. Au moins comme ça, on ne pourra pas nous accuser d'avoir contribué à l'éparpillement des voix au premier tour :-)

2) Internet prendra de vitesse la télévision pour la diffusion des résultats.Alors que les chaînes de télévision sont tenues d'attendre 20h pour proclamer le vainqueur, il est probable que les premiers résultats provisoires " sortis des urnes " commenceront à circuler très rapidement sur le Net avant l'annonce officielle.

Oui. Sans détrôner le bon vieux coup de fil depuis un portable une heure avant les résultats, les premières estimations des instituts de sondages, notamment de la Sofres, ont circulé avant l'heure officielle par SMS.

3) La collecte des dons destinés à soutenir la campagne d'un candidat sera facilitée par Internet.Bien que le niveau des dons financiers destinés à soutenir un candidat soit traditionnellement faible et que les Français restent assez méfiants à l'égard des procédés de paiements en ligne, on peut tout à fait envisager qu'une part non-négligeable des dons proviendront directement (formulaire de paiement sécurisé) ou indirectement (formulaire de don imprimable, email de sollicitation envoyé aux supporters) du site du candidat. En simplifiant la transaction, ce type d'équipement favoriserait ainsi l'acte du don en ligne.

Il sera par ailleurs tout à fait possible de voir certains candidats promouvoir cette option dans leur matériel offline et leurs interventions publiques. On se souvient qu'en 1995 P. de Villiers avait utilisé -avec succès- le support TV pour solliciter des contributions financières pour rembourser ses dettes de campagne. Aujourd'hui, il semble plus aisé de diffuser une adresse web pour faire un don en ligne plutôt qu'un numéro de compte en banque pour solliciter un virement bancaire comme l'avait fait le candidat malheureux.

Quelques candidats s'y sont essayés (J. Chirac et A. Madelin) mais à notre connaissance, les contributions recueillies directement ou indirectement via le site n'ont pas été un franc succès. A noter tout de même que le site de l'UEM aurait récolté près de 31 000€ en ligne.

4) Rumeurs et fausses informations circulant par email visant à discréditer les candidats vont se multiplier tout au long de la campagne, allant jusqu'a alimenter les chroniques des médias traditionnels. La récente rumeur, relayée par des médias en ligne et des listes de diffusion, sur la mise en ligne supposée d'un site web attaquant Jacques Chirac sur son âge en est un bon exemple.

Dans le mille ! Depuis le téléphone arabe on a pas fait mieux que le Net pour véhiculer de fausses informations. On se souviendra notamment de ce mail faisant une comparaison entre le slogan de JM Le Pen et une fausse citation attribuée à Adolf Hitler lors d'un congrès fictif du NSDAP. Ce canular, présentant toutes les apparences d'une vérité historique, a été largement repris y compris par les médias offline avant d'être finalement démenti par hoaxbusters.com et plusieurs internautes incrédules.

5) Apparition de sites de comparaison des programmes des différents candidats à la fois pour les élections présidentielles et législatives. Thierry Vedel et ses étudiants de Sciences-Po avaient été les premiers à tenter une expérience de ce genre en France l'an dernier lors de la campagne des Municipales. A l'étranger, les Canadiens nous avaient fourni un bel exemple d'un site permettant automatiquement une comparaison croisée des programmes électoraux..

Un succès et une véritable prouesse technologique réalisée par Presidentielles.net avec son Presibot. Si vous ne l'avez pas encore essayé, il n'est pas trop tard : http://www.presidentielles.net/bot/

6) Développement de la satire politique en ligne. Les usages politiques du web, tels qu'on a pu les observer dans les principales démocraties, montrent qu'Internet a toutes les chances d'être, en France en 2002 comme hier en Italie (cf. "Berlusconi et la satire en ligne"), en Grande Bretagne et l'an passé aux Etats-Unis, un terreau propice à la parodie et à la satire politique.

Lorsque l'on voit la large diffusion virale qui peut être faite des textes, images, photos et affiches détournées à chaque événement d'envergure nationale ou internationale (à l'heure actuelle, Ben Laden, hier en France, le boycott de Danone), on comprend l'intérêt stratégique de ce vecteur de communication dans le cadre électoral. Un sondage de Democracy Online avait montré la part importante des contenus humoristiques reçus ou consultés durant la campagne des présidentielles américaines (54% des internautes américains déclaraient avoir envoyé ou reçu des emails humoristiques à propos des candidats ou de l'élection).

En 2000 aux Etats-Unis lors de la campagne présidentielle, comme en Grande-Bretagne lors des dernières élections législatives, les sites satiriques connurent une fréquentation bien supérieure à celle des sites officiels des partis et des candidats.

C'était sans doute le plus prédictible, mais personne n'aurait pu imaginer l'ampleur du phénomène et les trésors de créativité développés en la matière. L'électrochoc du
premier tour y est pour beaucoup : voir ainsi notre galerie 'e-satire'
et notre analyse du phénomène
Voir aussi le florilège de caricatures et parodies
de Présidentielles.net.

7) Les sites de campagne feront l'objet de piratage.Dans une campagne électorale, il n'est pas rare que les opérations de collage d'affiches s'accompagnent également de l'arrachage des affiches de l'adversaire. Etant donné le faible niveau de sécurité de certains sites de candidats (nous ne dirons pas lesquels), il ne serait pas surprenant que de manière analogue certains candidats soient victimes d'actes de vandalisme électronique.

Oui. Pas de Pearl Harbor électronique mais de nombreuses attaques répétées contre les sites de certains candidats, notamment celui de JM Le Pen, qui, selon les termes de son webmaster n'a plus rien a apprendre des spécialistes de la sécurité informatique.)

8) Il y aura au moins un cas de spam à caractère politique De manière générale, le spam (courrier électronique non sollicité) est une technique très séduisante, et peu onéreuse pour les marketeurs peu scrupuleux et les candidats peu respectueux de la netiquette. Les réactions, parfois très agressives, des destinataires involontaires du spam suffisent en général à dissuader les candidats-spammeurs de renouveller l'expérience.

Oui, et de façon parfois encore plus pernicieuse que nous ne l'avions imaginé : un imposteur a ainsi spammé des milliers d'internautes en usurpant le nom et l'adresse mail de Lionel Jospin. Voir notre revue d'actu de mars 2002 "Spam malveillant contre le PS". Voir

9) Un candidat parviendra à collecter plus de 30.000 adresses électroniques.La constitution d'une base de données conséquente devrait être l'un des principaux objectifs de la stratégie de " net-campagne " des candidats. Elle permet de garder le contact et de communiquer aisément et gratuitement avec ses lecteurs et supporters internautes. Si le Réseau des réseaux permet une chose c'est bien la constitution de ... réseaux..

Objectif des 30 000 atteint ... et dépassé. Selon les concepteurs du siteAvecChirac.com (site de soutien à J. Chirac), la campagne aurait permis derécolter "plus de 50 000 adresses mails utiles (en l'occurence desinternautes de droite)". La base de données constituée contient, dans unelarge proportion, le code postal et les champs de compétence des supporters enregistrés, permettant ainsi la mobilisation ad hoc des militantsélectroniques.

10) Le SMS sera mis à contribution pour les activités militantes et les mobilisations ponctuelles.Le parti travailliste britannique avaient en effet utilisé le SMS pour relayer des informations de dernière minute et mobiliser ses militants à la veille du scrutin. L'opération avait connu un succès très mitigé mais ne manquera sans doute pas d'inspirer d'autres stratèges politiques.

Oui. Très tôt dans la campagne, François Bayrou a pris l'habitude de collecter les numéros de portables à ses meetings pour pouvoir envoyer un message SMS de remerciements. Jean-Pierre Chevènement, avec l'opérateur Freever (cf. notre revue d'actu de février) : a également tenté l'expérience en envoyant sans doute la profession de foi la plus courte du monde.
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