La politique de la chaise vide, stratégie gagnante en 2012

2012 est une chasse au trésor, dont la clé réside dans la capacité de mobilisation des sympathisants au-delà des frontières du parti. Comment et pourquoi transformer les sympathisants en militants sur le web, nous en avions parlé précédemment sur Netpolitique. Les partis français ont majoritairement répondu à cette question en se tournant du côté d'Obama : s'inspirer de mybarackobama.com, socnet politique Facebook-like, tout en agrémentant la sauce pour séduire les sympathisants :
- Séduction par cercles concentriques du côté de la Coopol : implication des sections du PS dans un premier temps, puis celles-ci auront à charge d'inviter les sympathisants à intégrer le dispositif online
- Séduction "populaire" du côté des Créateurs de possibles : l'UMP compte sur une relation directe avec les sympathisants, en leur demandant de faire remonter leurs "initiatives populaires" à la direction du Parti

Ces Socnets vont-ils accoucher d'une souris ? Ce lundi, plusieurs informations filtrent ici et là comme quoi le Facebook de l'UMP ferait un flop. Avec seulement 7 000 inscrits après cinq semaines d’activité, la récolte semble bien maigre. Cédric Deniaud, community manager des Créateurs des Possibles, ne l'entend pas de cette oreille : selon lui, "ce sont en fait 8000 inscrits, et on est pas obligés de s'inscrire sur le site pour le consulter. Pour rappel, Obama avait fait 30 000 inscrits lors des 6 premiers mois de son réseau social". Chez Netpolitique on se souvient aussi que le premier réseau social de l'UMP, du nom d'UMPNet, annonçait 190 000 membres le 27 février 2008 après environ 8 mois d'existence. Bataille de chiffres, encore et toujours.

Toujours est il que l'information la plus importante de la semaine n'est peut être pas l'histoire d'un échec momentané, mais celle d'un succès involontaire : Olivier Besancenot s'est hissé à la deuxième place du classement des politiques sur Facebook. Ce classement, bien que la légitimité des critères retenus pose question, a le mérite de mettre en exergue une stratégie détonnante : celle du vide. Ne pas être présent sur le web serait-le meilleur moyen de mobiliser ses sympathisants online. Le parallèle avec "la politique de la chaise vide" menée par la Général de Gaulle en 1965 est de simple forme, mais il exprime bien la suspension de la participation de Besancenot aux débats politiques qui ont lieu sur le web. Et pourtant, le grand absent pourrait être le grand gagnant de la bataille qui s'engage sur le web

Besancenot, l'absent du web

Le patron du NPA n'est pas le titulaire de sa page facebook (ni de son compte Twitter d'ailleurs), comme en atteste l'interview de son attaché de presse par la rédaction du Post en mars 2009. Cette interview est aussi révélatrice de la stratégie d'absence ou de l'absence de stratégie de Besancenot sur le web :

LePost :Le compte Twitter de Besancenot a-t-il été créé par Olivier Besancenot ?
"Non, ce n'est pas lui. C'est comme pour Facebook, ce n'est pas lui. Olivier Besancenot n'a rien du tout sur internet, à part le site du NPA."
LePost: Olivier Besancenot a-t-il l'intention de se mettre au micro-blogging ?
"Non, pas à ma connaissance. Ce n'est pas de cette façon qu'il veut communiquer."
LePost: Ça lui permettrait pourtant d'interagir plus rapidement et plus facilement avec un large public ?
"Il préfère les blogs politiques comme celui qu'on avait créé pour la présidentielle de l'époque. Ce n'est pas son genre de communication de créer des pages comme ça."

La dernière formule tenderait à dénoter une forme de mépris devant le "grandnimportekoi" des réseaux sociaux. Et pourtant, en remontant un peu dans le temps, au vu de cet article "le web selon Besancenot", le ci-nommé démontre une certaine compréhension de l'enjeu de la Netpolitique :

"Internet et le web, c'est aussi ce que l'on en fait, collectivement. D'un côté, (et on l'a vu notamment avec la campagne du référendum européen), Internet est un splendide moyen d'échange, d'information, d'ouverture sur le monde, et ce, particulièrement en pleine concentration des médias [...] Comme en dehors finalement, Internet est un espace de liberté possible, à (re)conquérir, à se réapproprier, pour qu'une fois encore, ce soit la majorité qui décide, participe, échange, crée, propose, et non des minorités qui choisissent à notre place ce que l'on peut y trouver..."

Le militantisme online en Socnet est-il contre-nature ?

C'est la question que l'on peut légitimement se poser au vu de ces observations. En effet, il est assez largement répandu que la nature du militantisme en ligne repose sur trois piliers :

a/ Internet est un espace d'expérimentation politique

Cela signifie que les militants online sont souvent des déçus de la politique traditionnelle (altermondialistes, militants de la cause des sans-papiers, mouvements écologistes et anti-consuméristes, activistes de l'anti-copyright ou du logiciel libre, etc.) qui recyclent et prolongent leur engagement.

 

b/ La parole comme "pouvoir constituant"

Une parole directement en prise avec l'action, et qui n'a donc pas besoin d'intermédiaires (syndicales politiques traditionnelles), ce qui explique la défection par rapport à ceux-ci

 

c/ Défection vs. engagement

L’exit, la défection, loin de coïncider avec un quelconque désengagement, est une condition de l’action politique sur le web. La défection est sur Internet une valeur, presque une condition sine qua non. Il est courant de voir, notamment dans des forums ou des listes de discussion, que seule la parole individuelle possède une quelconque pertinence. Tout discours suspecté d’être partisan est appréhendé avec beaucoup de réticences et se trouve même parfois proscrit (voir à ce propos l'excellent livre en ligne "Devenir Media" de Laurence Allard et Olivier Blondeau, avec notamment les références aux travaux des sociologues Paolo Virno et Hakim Bey)

A l'instar de cette définition en trois temps, tout semble indiquer la contre-nature du militantisme online dans le cadre d'un socnet: ce dernier ne fait qu'emprisonner leur action, limiter leur expérimentation, empêcher leur fuite et défection, ou encore dévaloriser leur pouvoir constituant...

Toute tentative d'encadrement du militantisme online serait donc vouée à l'échec. La seule qualité du Socnet qui mériterait de survivre serait-elle donc celle de l'organisation online de la vie militante IRL ?

Merci @marieamelie, @palpitt, @cdeniaud, pour différentes informations qui constituent ce billet

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