Apps for Democracy : interview de Peter Corbett
Data.gov, site mis en place par le CTO de Barack Obama a beaucoup fait parlé de lui à sa sortie. Mettant à disposition de tout un chacun des flux de données publiques détenus jusqu'à présent par le Gouvernement fédéral, le site est une application directe des principes de l’ « Open Government » cher à Barack Obama. L’exemple a également inspiré NKM en vue de la réalisation d’un portail similaire en France.
Mais à l’ origine de Data.gov, il y avait le projet « Apps for Democracy », organisé par la ville de Washington DC, dont le directeur technologique n’était nul autre que Vivek Kundra, aujourd’hui conseiller nouvelles technologies de la Maison blanche. Créé par Peter Corbett d’iStrategy Labs pour le compte de la ville, le concours Apps for Democracy a remporté un franc succès, et a depuis été largement étudié et imité.
Simple et éminemment ‘geek’ en apparence, ce concours ouvert a tous vise à créer de nouvelles applications de service public pour la municipalité. Sorte de concours Lépine de l’application mobile, le concours a permis de créer nombre de services à valeur ajoutée pour la ville et ses citoyens à peu de frais (retour sur investissement de… 4000% selon les organisateurs). A l’approche des résultats de la seconde édition, nous avons posé quelques questions à Peter Corbett, initiateur et directeur de ce projet original:
Netpolitique : Apps for Democracy est un projet 100% open source, disponible pour toute autre organisation ou collectivité dans le monde. A votre connaissance, certaines des applications ont-elles été réutilisées ailleurs ?
Peter Corbett : Non, pas à ce jour. Je suppose que c’est dû au fait qu’aucune autre ville n'a créé un catalogue de données comme l’a fait la ville de Washington DC (San Francisco vient toutefois d’annoncer le sien). Une fois que ces collectivités auront compilé ces catalogues de données et ouvert l’accès aux développeurs, alors peut être que ceux-ci utiliseront le catalogue d’applications déjà existantes pour adapter le code pour leur propre ville.
A noter cependant que le concept même du concours a en revanche fait école ; des compétitions inspirées du concours Apps for Democracy ont été lancées ailleurs aux Etats Unis notamment à New York et en Europe (en Finlande et en Belgique)
Netpolitique : Avez-vous quelques conseils-clés à donner à l’attention d’organismes ou collectivités qui souhaiteraient également mettre en place ce genre d’opération ?
Peter Corbett : il y en a beaucoup, mais voici mes trois recommandations principales :
a- Faites en sorte de proposer des flux de données en temps réel (real-time data feeds) autant que possible. Les développeurs adorent les données actualisées en temps réel : cela permet de travailler sur des visualisations de grande qualité, et c’est bien plus utile que des données statiques ou obsolètes.
b- Proposer des incitations et prix pour les motiver à utiliser les données fournies par les institutions publiques. Les récompenses financières sont certainement intéressantes, mais ne sont pas la première source de motivation. La reconnaissance publique est également un levier très puissant.
c- Ne restreignez pas la liberté d’initiative et de créativité en imposant trop de règles au concours. Gardez les choses simples : utilisez les données et réalisez une application adaptée pour la date donnée. Une fois que vous avez atteint un niveau de participation suffisant au démarrage, vous pouvez commencez à adapter le concours pour cibler certains types d’innovations. C’est ce que nous avons fait avec la seconde édition de notre concours, en demandant aux développeurs de se concentrer sur des applications basées sur l’API 311, qui est le numéro de référence pour toutes les questions relatives aux services de la ville.
Netpolitique : En dépit du succès de "Apps for Democracy", la critique ou le scepticisme sont inévitables. J'aimerais avoir votre avis sur deux observations classiques:
> Première critique, n'est-ce pas une initiative principalement conçue pour et par les 'geeks', plutôt que pour le citoyen lambda, et plus largement pour la communauté ?
P. C. : Oui et non. Oui, dans le sens où la raison de l'existence d'Apps for democracy est justement d'engager les "geeks" dans la construction d'une meilleure technologie pour la Cité. Ce n’est pas une faiblesse, mais une force. Et non, dans le sens où Apps for Democracy "Community Edition" comptait sur la participation du public préalablement au développement des applications. Plus de 250 idées ont été présentées et soumises au public, et 5.500 votes ont été exprimés par des citoyens ordinaires qui cherchent à aider les "geeks" à comprendre ce qui serait utile pour eux. Les "geeks" ont traduit cet apport dans des applications destinées à être utilisés par tous.
> Seconde observation : l'Administration n'aime pas en général se départir du contrôle sur les bases de données, et craint qu'elles soient détournées ou sorties de leur contexte. De par votre expérience, comment répondriez-vous à ces préoccupations?
P. C. : La meilleure façon de réfuter ce point est de montrer ce que nous avons fait avec Apps for Democracy. Par l'entremise des deux concours, il y a eu plus de 50 applications développées, et pas une seule d'entre elles n'a été détournée ni sorti de son contexte les données utilisées. Il s'agit d'une peur irrationnelle.
Pour aller plus loin : vidéo de présentation du concours et des résultats de l’édition 2008
Apps For Democracy Community Edition from Peter Corbett on Vimeo.
Peter Corbett sera de passage à Paris fin octobre pour le World eDemocracy forum. Si vous souhaitez le contacter à l’occasion de son passage, envoyez nous un mail et nous ferons suivre.
