PDF09 : de Fact Check aux Checks and Balances
Une analyse trans-outre-atlantique du Personal Democracy Forum 2009, qui a eu lieu à NYC cette semaine et a rassemblé la fine fleur de l'e-democratie mondiale, bouscule en nous des rêves infinis de Netgouvernance.
Avec l'humilité de celui qui n'a pas assisté IRL aux débats, mais qui a suivi de près les débats passionnants qui s'y sont déroulés pendant deux jours, je me plais à noter que les différents intervenants de la conférence ont tenté, peut-être inconsciemment, une rédéfinition et un ajustement du principe des "Checks and Balances" (freins et contrepoids) cher aux démocraties occidentales, en particulier les USA. Cette clé de voûte fondatrice de l'architecture institutionnelle, selon laquelle tout pouvoir doit être limité par un autre, trouve sûrement tout son sens dans l'intervention d'Andrew Rasiej, organisateur de la conférence:
“Peu m’importe que le gouvernement me surveille si je peux surveiller le gouvernement”
A l'Ouest rien de nouveau, le débat sur le 5ème pouvoir a déjà eu lieu, il a même traversé l'Atlantique
Mais voilà, la grande nouveauté Obamienne, c'est que ce pouvoir est désormais institutionnalisé. Le Gouvernement US met à disposition des citoyens des outils bruts de contrôle du Gouvernement US. De ce fait, le pouvoir de surveillance des citoyens devient une branche intégrée de la séparation des pouvoirs
Avec Obama, on est passé du Factcheck aux Checks and Balances
Le pouvoir de surveillance n'est plus externalisé (voir par exemple le très bon site Factcheck.org de l'Annenberg Public Policy Center of the University of Pennsylvania), il est désormais intégré.
Laissons la parole à ceux qui étaient à la conférence :
Francis pisani, sur Transnets : "un des axes essentiels de la conférence de cette année est qu’on insiste moins sur la participation – si difficile à mettre en place – que sur la mise des données de l’État à la disposition du public, ce à quoi l’administration Obama s’attaque d’arrache-pied avec des sites comme Data.gov et Recovery.gov."
Meilcour dans 10 choses que je retiens du PDF09 : "La révolution de Vivek Kundra (Ndlr : responsable du digital d'Obama) est majeure, et de deux ordres. Premièrement, il considère que la donnée sur l’action publique est un bien public, qui doit être mis à sa disposition, de manière brute. Charge à la société de développer des applications pour les rendre lisibles. C’est le projet data.gov. Le gouvernement ne va pas arrêter totalement son spin politique, et ses conférences de presse, bien sûr, mais il offre au citoyen la donnée d’action brute et accessible. Il livre des sources ouvertes. C’est profondément subversif. La deuxième révolution, c’est l’objectif de transparence intégrale. Le premier exemple dévoilé par Vivek Kundra donne une idée de l’ampleur de l’ambition : usaspending va permettre à chacun de suivre les dépenses de l’administration, et les projets associés. Première application sur les dépenses IT des ministères. Tout un chacun peut naviguer dans les données, et comprendre de manière très lisible. Les grands fournisseurs de services informatiques ne sont pas ravis des mesures, ni les directeurs informatiques : tant mieux !"
Recovery.org, Data.gov, et usapending.gov, avec ces trois sites révolutionnaires, les citoyens ont accès aux données brutes, et finalement, seront confrontés à la même obligation d'analyse (et de choix) que les décideurs publics.
Obama met en place une stratégie d'institutionnalisation du citoyen, qui d'une certaine façon, est aussi un moyen de contourner les critiques soulevées sur les sites participatifs du Gouvernement, comme le note Meilcour dans le point 6 de son billet.
Osons : il y a quelquechose du protestantisme dans cette stratégie, car le citoyen doit désormais trouver seul le chemin de la Grâce face à ces gigantesques quantités de données brutes. Plus d'intermédiaires, plus de hiérarchie, mais les principes fondateurs du protestantisme : la grâce seule; le livre seul
A n'en pas douter, Le Ministère des finances français (qui vient de lancer le site participatif Ensemble Simplifions) pourrait bien s'inspirer de cette stratégie pour tenter une institutionnalisation citoyenne du grand emprunt lancé par Nicolas Sarkozy...
